PÉRIODE DE JEU

1ER AMARIAS AU 1ER JERARIAS 1050

Défi du roi, défi du mois

« Bouffonneries et traits d'esprit, que vos récits en soient sertis. »

1 fois par sujet rp : une situation comique, une blague ou un jeu de mot. Mauvaises plaisanteries perpétrées par ton personnage, quiproquo, contrepèterie... sois inventif !




Corvée partagée.

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Jeu 5 Avr - 10:38

LE 5 MIONEVRAS

Dix minutes que l'homme rôdait dans la réserve, à rassembler ses petits feuillets en vue de préparer sa tâche du jour. Dix minutes qu'il attendait de voir qui serait chargé de l'aider, et qui mettait déjà sa patience à l'épreuve. Si cette personne arrivait en retard, il se chargerait lui-même de l'attirer jusqu'ici, et par la peau de la croupe, si c'était nécessaire...

Aussi, lorsqu'une porte grinça sur ses gongs, juste-là, dans le dos de la Sentinelle, celui-ci marqua une pause avant de soupirer. C'est à peine s'il tourna son regard inquisiteur, jetant brièvement ce-dernier par-dessus son épaule pour s'aviser du nouvel arrivant.

« Elaobë Bec-Sombre. » Fit-il alors en guise de salutation, sans marquer davantage d'intérêt.

Évidement, la seule vision de cette chevelure flamboyante suffit à remuer la plaie vivace qu'entretenait la traîtrise de Daëva, dans son cœur comme son esprit. Mais l'homme n'en montra rien. Elaobë n'avait rien à voir là-dedans. Elle ne partageait pas une once de ressemblance avec sa sœur de cœur, hormis cette crinière rousse et son talent pour le tirer de ses retranchements... Et en effet, s'il était une créature dans cette Tour vis-à-vis de laquelle sa méfiance allait bon train : c'était indéniablement elle.

« Qu'est-ce que tu regardes ? Si c'est toi qu'on a assignée à l'inventaire de la réserve, au boulot. »

Parce que celui-ci n'allait pas se faire tout seul, et qu'une paire de main et un cerveau supplémentaire étaient les bienvenues. Plus vite la corvée serait expédiée, et plus vite, lui comme elle, pourraient se livrer à des activités hautement plus intéressantes... Enfin, tout était relatif, bien entendu.



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Elaobë Bec-Sombre
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Jeu 5 Avr - 20:11

Elaobë avait eu du mal à arrêter son entraînement. L’état de silence total dans lequel elle s’enfermait lorsqu’elle enchaînait les exercices lui faisait tant de bien qu’elle en oubliait souvent l’heure ou les corvées qui l’attendaient. Il lui arrivait parfois de se présenter en retard, mais jamais elle ne loupait l’une de ses tâches de la journée, et il fallait dire que la plupart des autres sentinelles prenaient son attitude avec bonne humeur.

Poussant la porte en détachant ses cheveux qu’elle avait noués avec un lacet de cuir, la jeune femme se prépara à saluer son binôme du jour avec le mordant et la gaîté qui l’animait presque toujours. Elle n’eut cependant pas le loisir d’ouvrir la bouche que son prénom retentit. Mince… Son collègue qui l’attendait n’était pas n’importe qui.

« Je te salue aussi, Dessyr. Répondit-elle sur un ton mordant alors que ses lèvres s’étiraient légèrement vers le bas. Je vois que tu es en avance. »

Dessyr Astre-Rugissant… Toujours à l’heure, en avance et sur le pied de guerre. Toujours tranchant et incisif, qui allait certainement lui reprocher son léger retard. Elle était bien tombé, tiens… Elaobë n’éprouvait pas de ressentiment pour la sentinelle, mais son attitude froide, dure, avait tendance à lui donner un côté rabat-joie qu’elle n’avait jamais réussi à briser. Cela la frustrait en plus de l’intriguer… et elle ne savait jamais vraiment sur quel pied danser avec lui.

« Désolée, je me faisais la remarque que tu étais vraiment ponctuel, tout de même. Elle retient le “trop” de peu et s’avança vers lui avec l’agilité qui la caractérisait. Par où veux-tu que l’on commence ? Je peux relever ce que je vois et tu note ça sur les fiches ? »

Elle détestait rester à ne rien faire et gribouiller l’une des feuilles d’inventaires. Au choix, relever ce qui se trouvait autour d’elle, découvrir des choses oubliées et s’amuser à déchirer les écritures pas toujours lisibles l’amusaient bien plus.



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Ven 6 Avr - 13:40

La voix féminine résonna aux oreilles de l'homme sans qu'il n'y prête une attention démesurée. Pourtant, quelque chose dans son timbre, le ton qu'elle avait employé le titilla outre mesure. Là, juste à l'instant. Rêvait-il où cette fille s'amusait à le considérer avec ironie... ?! Guère certain de ce fait, Dessyr se retourna complètement vers elle pour la jauger de tout son haut, l'air peu amène, silencieux. Il détailla ses traits fins sans faire montre d'une grande subtilité, lorgnant sans pudeur sur ses lèvres une seconde, avant de se plonger dans son regard azur. La ressemblance est trop vague...

« Commence par trier les diverses pièces d'armures... » Souffla-t-il, sans la lâcher du regard. « Les abîmées et usées, tu les mets de côté, comme d'habitude. En attendant, je m'occupe des armes... »

Ce faisant, il s'approcha pour lui tendre un morceau de vélin vierge, ainsi qu'une petite plume et une fiole emplie d'un liquide opaque et noir. Parce que ce n'était pas tout de compter et trier. Il était également d'usage de mettre à jour les registres, afin de s'assurer que tout soit en ordre dans les moments cruciaux, de ne manquer de rien et de ne pas se retrouver prit au dépourvus.

« Évite de faire des tâches avec l'encre... »

Et sur ces douces paroles, la sentinelle se détourna pour reprendre son inspection. Peut-être aurait-il dû considérer Elaobë avec davantage de convenance, voire de fraternité. Il n'y arrivait simplement pas. D'autant plus avec ce poids qu'il traînait dans son ventre, cette angoisse vissée en lui qu'avait provoquée la fuite de Daëva. Mais peu importait. Dans le fond, il se fichait de passer pour un mec antipathique. Ces longs râteliers n'attendaient plus que lui... Et si la tâche en elle-même était plus fastidieuse que véritablement intéressante, c'était quelque chose de nécessaire. Il espérait juste ne pas avoir à tenir le crachoir, compte tenu de sa partenaire du jour...



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Elaobë Bec-Sombre
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Ven 6 Avr - 18:33

L’accueil que lui réservait Dessyr ne fit que tendre encore plus les épaules de la sentinelle. Inspirant lentement, à fond, elle soutint son regard avec l’entêtement qui lui était tout coutumier. Elle n’allait clairement pas se laisser marcher dessus par qui que ce soit. Si l’homme qui devait travailler avec elle aujourd’hui avait décidé de lui faire payer sa présence, elle ne comptait pas lui laisser le loisir d’être à ses aises non plus. Pas de chance pour lui, elle s’en sortait très bien pour être une emmerdeuse.

Avec vivacité, elle tendit la main vers lui et lui prit le parchemin et de quoi écrire. Son sourire s’étira encore, devenant un étrange mélange de froideur, de moquerie et d’amusement, alors que ses yeux, qu’elle avait toujours rivé dans les siens, se mirent à briller de défi.

«Je m’inquiéterai plutôt de ton cas. Avec de telle main, elle fit un mouvement de tête vers ses grandes mains de guerrier, tu risques d’en renverser plus que moi ! »

Son sourire devint féroce, un instant, laissant entrevoir la guerrière, puis elle éclata de rire. Se détournant de lui, comme si l’incident était clos, elle alla vers les armures. Elle se mit à la tâche avec vivacité, sifflotant un air, de bonne humeur. Finalement, elle ne put se tenir au silence très longtemps et ouvrit à nouveau la bouche :

« Dis-moi, je crois que tu ne m’as jamais dit depuis combien de temps tu étais sentinelle. Elle se retourna, un plastron entre les doigts. Pourquoi tu as choisi ce métier, d’ailleurs ? »

La curiosité était sincère. Elaobë voyait Dessyr si froid, si loin de tout qu’elle envisageait mal qu’il veuille protéger les habitants du Mont d’Or, comme elle. Alors pourquoi était-il là, après tout ?

« Mince, maintenant que j’y pense, je crois que tu ne m’as jamais parlé autrement que pour des civilités, non ? Et voilà qu’elle réfléchissait à voix haute, sans s’en rendre compte. Me dit pas que tu es timide ?! »



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Ven 6 Avr - 22:53

Elaobë ne pouvait le distinguer le rictus qui tordait les traits de l'homme... et c'était bien dommage dans un sens. Il était la preuve que ses manœuvres de bavarde sans retenue faisaient mouche. Allons bon. Il n'avait certes pas les paluches aussi déliées que certains, et peut-être un peu plus abîmées que la moyenne. Cela ne l'empêchait pas d'être à l'aise avec, bon sang ! Tu serai surprise de découvrir tout ce qu'ils sont capables de faire, ces foutus doigts... grinça-t-il intérieurement, en rabattant sa mauvaise humeur sur un tonneau qui manifestement traînait trop dans le passage.

Malheureusement pour lui, le silence qui suivit cette petite réflexion ne dura guère, puisque de toute évidence, personne n'avait jamais apprit à cette fille à se taire... À peine entamait-il la vérification d'un second râtelier- là où étaient entreposés quelques arcs- que la voix féminine venait le perturber dans sa tâche une seconde fois. Et s'il fit mine de ne porter aucun intérêt à ses premiers questionnements, l'ignorant avec superbe, son ultime élucubration en revanche, lui fit reposer brutalement ce qu'il avait entre les mains. Elle jouait à quoi ? À tester sa patience ?! Retenant de justesse un juron, Dessyr laissa sa langue glisser impatiemment sur une canine tandis qu'il se retournait, pour planter sur la jeune femme un œil torve.

« Pourquoi t'es curieuse ? » S'emporta-t-il soudain. « Ça va t'apporter quoi de faire la causette, hein ? À part te faire commettre quelques erreurs ?? Pourquoi tu cherches à me connaître ? »

Une pointe d'amertume transparaissait dans son timbre. Il n'avait jamais été très porté par ce concept qu'était la franche camaraderie. Et pour cause, bien tardivement, il avait réalisé que Daëva avait prit soin de s'arroger une place maîtresse dans sa vie, tout en repoussant les autres. Aussi, le regard dur, l'homme fronça légèrement le nez en la considérant, cherchant à cet instant à déterminer véritablement pourquoi elle l'interrogeait de la sorte. Mais à peine ces paroles franchissaient-elles la barrière de ses lippes, qu'il se crispait imperceptiblement en serrant sa mâchoire. Et pourquoi je m'emporte !? C'était un fait. À présent, il regrettait déjà ses mots acides. Troublé par son propre comportement, il se passa une main sur ses cheveux coupés ras.

Ce n'était pas véritablement de la faute d'Elaobë... pas vraiment. C'est juste qu'il avait les nerfs à vif ces derniers temps... entre ses retrouvailles avec Yanelle et la profonde inquiétude que lui faisait ressentir l'absence de Daëva. Tous ses repères volaient en éclat... il ne savait plus trop... quoi penser ou même... éprouver...  

Alors, marquant une longue hésitation et jurant entre ses dents, l'homme se retourna d'un bloc pour continuer sa tâche. Il laissa une minute s'écouler ainsi, plongé qu'il était dans ses sombres pensées, sans pour autant parvenir à se concentrer sur sa corvée...

« Excuse-moi. »
Lui dit-il, un peu à contrecœur, d'une voix sèche. « Je ne voulais pas me montrer si fruste. »

Il prit une profonde inspiration tout en fusillant un point au hasard, décidément bien peu à l'aise soudainement. Pour rattraper le coup... peut-être pouvait-il se faire violence et assouvir sa curiosité... ?

« Ça fait cinq ans... » marmonna-t-il ensuite. « Cinq ans que je suis Sentinelle. Et toi deux... j'me souviens du jour de ton affectation. »

Autrement dit, inutile de donner ce renseignement. Pas la peine de s'épancher sur le comment du pourquoi, non plus, si ? Quelle importance que ce qui avait bien pu le mener jusqu'à cette fonction...? Mais maintenant que la ''conversation'' était plus ou moins entamée, une question surgit des vapeurs de son esprit. Comme ça, l'air de rien... :

« Comment ça se passe hors des murs, ces temps-ci ? »



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Elaobë Bec-Sombre
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Sam 7 Avr - 11:40

Un frisson avait secoué l’échine de la jeune femme lorsque son binôme s’était tout à coup retourné vers elle. Si son ton et la violence de ses paroles l’avaient avertie qu’elle entrait en terrain miné, c’était la lueur au fond de ses yeux qui avait réveillé sa peur. Le yeux agrandis, figée avec sa cuirasse au bout des mains, Elaobë avait écouté Dessyr jeter sur venin sur elle sans pouvoir répondre.

Dès que le silence était revenu, ce fut Bec-Sombre qui entra en jeu, profitant des mots de l’homme pour la déstabiliser encore plus. Au fond d’Elaobë une voix se mit à faire grandir ses doutes et saigner ses blessures. « Tu ne mérites pas d’être là, petite… Vois comme tu ne peux te lier avec personne. Ce que tu es à l’intérieur, ce que tu étais avant ta vie ici ressortira toujours. Lâche prise, gamine, et accepte la fatalité. ».

Elle se sentait perdre pied, oubliant son travail et la présence de Dessyr près d’elle. Elle luttait pour ne pas trembler, pour ravaler en elle toutes ces peurs enfouies, lorsque le silence fut brisé. A nouveau, la voix qui l’avait ainsi percuté s’éleva, moins agressive et presque repentante. Avec une brusquerie qui ne lui était pas familière elle redressa la tête vers lui, s’accrocha à sa présence, à ses questions pour se tirer hors de son combat intérieur.

« Cinq ans. Répéta-t-elle, bêtement, le visage figé dans une absence de sentiments effrayantes. C’est vrai, on me l’avait dit… Elle inspira, avant de demander. Ah, tu as vu ma nomination ? Dommage qu’on ait pas parlé avant, alors. »

Elle était aseptisée, bancale et lente. Oui, Elaobë était devenue, en une minute, le contraire d’elle-même. Pourtant, plus elle répondait à l’homme, plus les grincements de Bec-Sombres s’amenuisaient en elle. Elle gagnait cette bataille, grâce à son binôme. Qui l’aurait cru ?

« Ca dépend. Elle survola la question, faisant mine de ne rien avoir à dire. Certaines fois nous avons à faire, mais la plupart du temps, nous ne faisons que de la surveillance. Comment… Elle hésita, craignant de re-déclencher une crise de colère. Comment ça se passe pour toi ? »



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Sam 7 Avr - 13:18

Quelque chose dans la façon qu'Elaobë avait de répondre, dans cette tension qui flottait soudainement dans l'air, interpella l'homme outre mesure. Ce n'était pas difficile à percevoir... Mais était-ce son emportement qui l'avait ainsi plongée dans cette sorte d'apathie contemplative et glacé ? Peu certain, il avait discrètement tourné le visage pour observer la jeune femme, par-dessus son épaule. Et ce regard qu'elle lui adressait alors, alimenta quelque peu ses doutes en la matière. Au fond, il ne retenait qu'une chose : le contraste entre ses primes interrogations et ce ton actuel était pour le moins... saisissant -voire inquiétant-. Tellement, en réalité, que Dessyr ressenti une nouvelle pointe de culpabilité lorsqu'il perçu l'hésitation dans sa dernière question.

« Ça s'passe. » Répondit-il, volontairement peu prolixe. « Les Mondoriens sont moins dangereux et plus dociles que ces créatures qui rôdent au-delà des murailles... »

Pour la seconde fois, il délaissa son travail pour faire face à la demoiselle. Croisant les bras sur son torse pour la détailler attentivement, il fit un pas vers elle, comme s'il cherchait à percer ce nouveau mystère, comprendre ce qui l'animait.

« Quelque chose ne va pas. »
Fit-il remarquer. « Quelque chose te trouble ? »

Il éleva un peu le menton, plissa les paupières en cherchant à planter ses yeux dans les siens, pour la décrypter. Il ne voulait pas vraiment s'intéresser à ce qu'elle pouvait bien ressentir, pourtant, c'était plus fort que lui. Et même s'il tâchait de se convaincre que c'était uniquement professionnel, car un esprit perturbé commettait des erreurs ; l'homme était bien incapable de ne le considérer que comme tel. D'autant plus s'il était responsable, pour s'être bêtement emporté...

« Est-ce ma réaction qui t'a crispée de la sorte ? Je suis un peu... sur les nerfs en ce moment... Ce n'est pas ta faute, ne le prend pas personnellement. »

Pourquoi éprouvait-il le besoin ridicule de se justifier ? Il prit une profonde inspiration qui gonfla son torse avant de reprendre :

« Tu devrais peut-être faire comme si rien de tout ceci ne s'était produit. »


Plus facile à dire qu'à faire ? Au moins tu sais pourquoi je me traîne cette mauvaise réputation, à présent...

« T'as déjà dû affronter pire que moi, de toute façon, non ? »

Furtif, un demi-sourire releva l'une de ses commissure tandis qu'il la considérait. Il n'y avait nulle joie dedans, juste un soupçon de sollicitude. Maintenant qu'il lui avait montré le côté ''rude'', et qu'elle ressemblait davantage à une créature fragile et apeurée, que pouvait-il faire d'autre, hein... ?



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Elaobë Bec-Sombre
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Sam 7 Avr - 14:34

Elle hocha la tête à la réponse de la sentinelle. Elle voulait bien croire que les habitants étaient moins dangereux… moins effrayants aussi. Cependant, elle ne releva pas, comme bloquée entre deux eaux. Ses yeux bougeaient par à-coup, comme si des sursauts de conscience tentaient de la ramener au présent. Elle resta immobile, comme ça, jusqu’à ce qu’un mouvement de Dessyr la défige. Il fit un pas vers elle, juste ça. Et un grondement sourd dans sa poitrine la réveilla en sursaut. Elle recula d’un pas, comme prête à se battre.

« Ce n’est pas… Elle ressera les bras sur elle-même, comme pour se protéger. T’as réaction m’a surprise, c’est tout. Je suis désolée, je ne voulais pas te provoquer de la sorte. »

Elle s’excusait enfin. Se mordant la lèvres inférieures en retenant la vérité au fond d’elle, Elaobë se remit progressivement en mouvement. Elle continua son office pour ne pas avoir à supporter le regard profond de l’homme, elle finit par souffler :

« Tu te fourvoies sur moi je crois. Les créatures des ombres ne sont pas les pires choses que cette terre porte. »

Elle avait lâché cela sans réfléchir, inutilement focalisée sur la bête qui vivait en elle, et qui lui rappelait au jour le jour que le vrai monstre, ici, c’était elle. Sans se souvenir comment, ni pourquoi, elle en était de plus en plus persuadée. Sinon, pourquoi sa créature spirituelle était-elle si monstrueuse ?

« Dis-moi, Dessyr, pourquoi me détestes-tu ? Demanda-t-elle tout à coup, en relevant enfin un regard brillant de fatalité sur lui. Penses-tu… Penses-tu que l’on s’est réveillés ici parce que l’on est damnés ? »

Son visage froid se morcela un instant, laissant apparaître tout le doute et l’angoisse qui lui bouffait la conscience depuis des années. Puis, brusquement, elle se reprit et afficha un demi-sourire désolé et gêné, alors que son regard s’éclairait un peu.

« Oulah, je crois que je deviens philosophe, ces temps-ci ! Elle détourna la tête. Excuse-moi. »



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Dim 8 Avr - 11:57

Un son guttural accueillit les paroles d'Elaobë, lorsque celle-ci se remit au travail en se détournant. De quoi se fourvoyait-il ? Dessyr ne savait trop. Pour sa part, il l'avait écouté sans cesser de la fixer, jaugeant son attitude, tentant de décrypter son langage corporel. Il fallait reconnaître qu'il n'était pas très doué pour ça... mais cela ne l'empêchait pas d'essayer. Et parfois, étrangement, son étude portait ses fruits. Là, en l'occurrence, il avait surtout l'impression qu'un truc pas net forçait la demoiselle à la méfiance. Il n'était pas totalement fou, cette attitude était totalement différente de celle qu'elle arborait quelques instants auparavant. Si ce n'était véritablement pas sa faute à lui, ça, en revanche... il l'ignorait. Mais après tout, on n'apprenait pas à connaître quelqu'un simplement en le croisant dans les corridors, ou en écoutant ce qui se disait à son sujet. De ce fait, tout était possible puisqu'il ne la connaissait pas vraiment... Absolument tout. Le problème étant, qu'à l'heure actuelle, Dessyr n'était pas sûr de vouloir savoir le fond de la chose...

Et puis elle lui posa cette question au sujet de ses hypothétiques ressentiments, ce qui le prit légèrement au dépourvus. Est-ce qu'il la détestait ? Il réfléchit lui-même à la question. Non...non, ce n'était pas ça. Mais à peine s'apprêtait-il à lui répondre, qu'elle suivait son interrogation d'une autre, bien plus troublante... sinistre. Le genre que Daëva avait l'habitude de poser, et qui le tourmentait outre mesure, durant de longs jours, si ce n'était des semaines...

Il ne fit pas attention à cette tentative avortée de détourner le sujet. Gardant un moment le silence, en proie à quelques réflexions, l'homme finit par desserrer les dents, élever la voix avec une lenteur calculée :

« Tu sais... j'me les suis posé ces questions... probablement avant toi, même... Daëva, c'était la spécialiste. Est-ce qu'on est damnés ? Est-ce qu'on en est là parce que nous avons fait du mal, par le passé ? Pourquoi ceci ? Pourquoi ça ? Le fait est... qu'il n'en ressort jamais rien de bon. Y'a jamais de réponses. Jamais. Que du tourment. »

Il marqua une pause en décrivant un demi-tour dans un soupir las, pour reprendre lui aussi son travail. Il n'était pas impossible que repenser à ce genre de chose lui foute de nouveaux cauchemars, tiens. Tant pis.

« Te tourmente pas ainsi, petite. Tu devrais plutôt laisser fleurir les sourires sur ton visage, avant que ceux-ci ne disparaissent pour de bon... »

Un peu comme les miens...

« Oh... Et crois-moi, si je te détestais, nous n'aurions pas cette discussion... »



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Elaobë Bec-Sombre
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Dim 8 Avr - 22:04

Elle reprenait lentement le dessus. Au fur et à mesure des secondes qui s’écoulait, et des paroles que Dessyr acceptait de lui donner, le visage d’Elaobë se figeait, se modelait, se transformait. Finalement quand il finit de parler, elle avait une expression tranchée, entre la détermination qui restait son trait de caractère le plus fort, et une souffrance mal dissimulée sous une froideur distante.

Finissant de remettre en état son ratelier d’armures en silence, Elaobë prit le temps de réfléchir à ce que son collègue lui avait dit et à ce qu’elle même avait envie de répondre. De réfléchir à ses paroles… c’était bien quelque chose qui arrivait rarement. Finalement, la rousse abandonna son travail pour se focaliser totalement sur l’homme. Elle avait besoin de réponses.

« Tu es un peu mal placé pour parler de sourire… Son ton était contenu, comme si elle était à deux pas d’exploser. Pourquoi laisses-tu les choses de la vie avoir une telle empreinte sur toi ? »

Elle se rendit compte de ce qu’elle disait en prononçant ces mots. Levant les mains devant elle avant que l’homme n’entre à nouveau dans une colère qui risquait de l’atteindre encore de plein fouet, Elaobë se reprit, et expliqua :

« Je connais Daëva et son départ m’attriste mais… Elle hésita, inspira à fond et relâcha son souffle, comme pour se donner du courage. Tu as changé depuis son départ… Je ne suis pas ton amie, même pas un membre de ta patrouille, mais je t’ai toujours vu du coin de l’oeil et désormais tu es encore plus… dur. Ces tourments dont tu parles, pourquoi ne t’en débarasses-tu pas ? Daëva est partie, mais toi tu es là, et tu as toutes les cartes en main pour améliorer les choses non ? »

Bon, elle était encore rentrée dans le tas sans finesse. Se mordant à nouveau la lèvre, la rousse se laissa tomber sur un banc en soupirant, attristée de ne jamais réussir à s’occuper des autres sans mettre les pieds dans le plat. Elle était une femme, mais il lui manquait encore certains traits de caractère… dont la douceur.

« Je ne dis pas ça pour te provoquer mais… toute cette situation m’attriste. »



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Lun 9 Avr - 19:52

Lui tournant ostensiblement le dos, d'un côté Dessyr avait reprit son inspection, pressé qu'il était d'en finir avec cette corvée, et de l'autre, il y avait Elaobë... Il ne comprenait pas pour quelle raison celle-ci poussait encore la discussion. Elle aurait logiquement dû se contenter d'encaisser ses paroles, lâcher l'affaire. C'est logique non ? Qu'avait-il qui puisse autant l'intéresser ? Était-ce véritablement commun pour elle de parler en travaillant ? Et puis, qui plus est, elle faisait de nouveau montre d'un exécrable culot. Ce n'était pas comme s'il avait besoin de connaître son opinion... Peut-être n'aurait-il pas dû s'excuser et chercher à arrondir les angle, en définitive... ou chercher à savoir ce qu'elle avait...

« Détrompe-toi... »  grogna-t-il en passant son pouce sur le manche d'un arc, concentré autant sur sa tâche que sur la voix féminine. « En tant qu'exemple que tu ne devrais pas suivre, j'pense être plutôt bien placé. »

Qu'elle lui parle de sourire et d'impact de vie, soit. Mais qu'elle continue de gratter, forte de quelques certitudes déplacées... là, c'était totalement surnaturel et malaisant. Que croyait-elle savoir, au juste... l'avait-elle autant épié durant tout ce temps ? Sans qu'il ne s'en avise ? Bien malgré lui, Dessyr ne pouvait désormais s'empêcher de lui dédier une oreille préoccupée. Ses paroles appuyaient sur un point sensible. Et il n'était certainement pas prêt de s'épancher sur le sujet avec la première venue !

« Sais-tu de quoi tu parles ? »
marmonna-t-il en se rembrunissant, passant à un autre arc. « Tu évoques Daëva... tu évoques les tourments... Pourquoi crois-tu que ces deux choses sont liées ? À cause de l'affection que j'avais pour elle ? »

Son avis, son jugement, cette espèce de point de vu externe qu'Elaobë semblait posséder ; de quel droit osait-elle le lui étaler sous le nez ? La jugeait-il, lui ?! Qui plus est, elle ne pouvait connaître la rancœur qui s'était peu à peu allumée à l'endroit de Daëva, dans son cœur. Parce qu'il était bien obligé de prendre du recul, bon nombre de choses lui apparaissaient différemment, aujourd'hui. Yanelle en était le triste exemple. Sa solitude aussi. Et si tourment il y avait bel et bien de la savoir loin, seule et probablement en danger, celui-ci n'était pas le genre dont il pouvait se défaire si aisément...

« Tu me connais ? Qui te dis que je n'ai pas toujours été ainsi, même avant. Et à ton avis, quel genre de chose me faudrait-il améliorer ? » Un rire aigre lui échappa. « Ça t'attriste ? Mais qu'est-ce qui t'attriste ? Me dis pas que t'aimerais me voir sourire... »

Même s'il mourrait d'envie de se retourner pour lui faire face et lui clouer le bec une bonne fois pour toute, il se tança intérieurement pour rester tranquille. S'occuper des armes... avant toute chose... seulement des armes.



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Elaobë Bec-Sombre
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Lun 9 Avr - 21:21

Elle s’y attendait. Non. Elle aurait dû s’y attendre. Certainement. Elle n’avait plus le choix que de faire face, désormais. Elle avait mis elle-même les pieds dans le plat, elle n’allait tout bonnement pas faire volte-face maintenant. Serrant la mâchoire à s’en faire mal aux dents, Elaobë continua de contempler le dos qui lui répondait de plus en plus froidement. Son intention de baisser les armes était totalement passé à côté de la cible…

« Dessyr, le simple fait que tu réagisse avec autant d'agressivité ne fait que prouver que tu souffre, et que c’est toute cette histoire qui en est la cause. Son ton était lent, tumultueux parce qu’elle retenait la colère en elle. Tu réagis comme un animal blessé. Et même si je suis d’accord que je n’aurais certainement pas dû lancé le sujet aussi brusquement, je suis aussi ta camarade, ton état aura forcément un impact sur moi à travers tes actes. »

Elle avait du mal à parler. Elle qui s’exprimait toujours avec de l’emphase et des jeux d’esprit, elle n’arrivait plus à contenir le bouillon d’émotions qui pulsait en elle. C’était comme si elle avait été à deux doigts de rendre son déjeuner, si elle en disait trop, elle craquerait entièrement.

Elaobë luttait pour ça, pour éviter de faire LE faux pas de trop. Elle tremblait doucement, quand l’homme eut une parole de trop. Bête, aigre, lâche. Il osait lui parler sans la regarder et se moquer de sa douleur ?! Bec-Sombre explosa en elle et, contrairement à d’habitude, ce ne fut pas la peur qui prit les devants, mais la colère. Avec une brusquerie brute, elle s’avança d’un pas vers l’homme et le retourna d’un mouvement puissant, bien plus que sa maigre taille ne le présageait.

« Ce qui m’attriste, c’est que tu sois aussi idiot ! Éclata-t-elle, les yeux brillants de colère et de larmes mélangée. Je n’en ai que faire de te voir sourire, tu es bien comme tu es et je serai mal-avisée de tenter de te faire changer, mais tu n’as pas le droit de repousser tout le monde comme ça ! Je ne veux que t’aider et je n’y peux rien si elle est partie ! Elle le relâcha, de peur de tenter de le frapper. Accepte les mains que l’on te tend, bon dieu ! »



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Mer 11 Avr - 15:52

C'était de plus en plus surréaliste. Que s'était-il passé exactement, pour qu'ils se retrouvent à se lapider de mots l'un après l'autre, comme si c'était la chose la plus censée du monde ? Si encore l'homme avait pu l'ignorer, ou exclusivement se concentrer sur sa tâche. Mais non ! Elaobë n'en avait pas terminée de le flageller de sa morale douteuse ! Chacune de ses parole était comme un couteau tranchant envoyé sur sa personne, et l'affaire avait réellement de quoi faire bouillir le sang de l'homme ! En vérité, il ne savait même pas comment il faisait pour rester maître de lui. L'impudence dont elle faisait preuve était juste... juste invraisemblable. Et voilà qu'elle le traitait même d'idiot ?!

Quand elle délaissa ses affaires pour le ''forcer'' à lui faire face, stupéfait, Dessyr la considéra un long moment. Une placidité ferme et sombre teintait ses traits. Son sang frappait ses tempes, bourdonnait dans ses oreilles. Mais par-dessus tout, le détail des larmes qu'elle avait aux bords des yeux le contraignait au calme. La voir fondre, craquer, c'était bien la dernière chose qu'il désirait voir survenir...

« Tu m'fatigues... » grommela-t-il avec un rictus plein de morgue. « Et surtout tu perds ton temps. Je ne vois pas pourquoi il me faudrait supporter tes élans de fausse compassion. T'es en train de me tendre la main là ? Tu crois qu'agir ainsi me donne envie de l'attraper ? Rien ne changera tant que je ser-... »

Ces ultimes mots, Dessyr les retint au dernier moment. Il pinça les lippes. Les pupilles dilatées, il était soudain surprit par sa propre bêtise. Là, juste à l'instant. Que s'apprêtait-il à dire, au juste ?! Des paroles fleurant la trahison, ouais... Décidément, tout ceci devenait dangereux...

Il prit une grande inspiration. Et cillant à peine en serrant les mâchoires, il fit un pas impérieux vers elle. Parce qu'Elaobë était tout ce qu'il détestait à cet instant, elle était l’électron libre, l'incarnation de l'incontrôlable. Ceci ne pouvait décemment rester tel quel. Alors, comme pour la dominer, la forcer à reculer, il avança encore, jusqu'à la frôler, la surplomber de toute sa masse. Recule... grondait-il intérieurement. Recule et retourne à tes armures... Et il se demanda une brève seconde, si elle pourrait allez jusqu'à le frapper. Il n'avait jamais eu peur des coups, et... selon lui, il existait des geste bien plus féroces encore.

« Je t'assures que si tu continues de me rabattre les oreilles avec de telles inepties, au lieu de faire ton travail, je vais être contraint d'en toucher deux mots à la Lueur de ta patrouille... »
menaça-t-il d'une voix à la lenteur calculée, sans une once de honte, en la fixant droit dans les yeux, de tout son haut.

Il ne plaisantait pas. Oui, peut-être n'était-il qu'un animal blessé en fin de compte. Acculé au bord du mur, sans autre possibilité que de souffrir l'attitude empressée et fiévreuse de cette fille. Mais Dessyr n'avait guère d'autres choix que de proférer des menaces. Il espérait que cela suffirait à la faire rentrer dans les rangs, quand bien même l'acte suppurait la mauvaise foi.



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Elaobë Bec-Sombre
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Dim 15 Avr - 20:44

Elle ouvrit la bouche, prête à répondre, à gueuler ou l’insulter s’il le fallait. Puis elle la referma, en comprenant que cela ne la menait nulle part. La colère prit son envol, et elle serra les poings. Elle avait envie de lui foncer dedans, de le frapper pour le faire réagir. Et lorsqu’elle comprit qu’elle allait céder sous l’impulsivité qui la caractérisait, elle le lâcha et recula d’un bond. Son corps fut secoué d’un grand frisson, et elle détendit le poing. Droit dans le mur le plus proche. Sans réfléchir.
Le coup résonna. Puis ce fut le silence.

« Tu es un imbécile… »

Un murmure. Juste un murmure s’échappa d’elle alors qu’elle ramenait lentement sa main vers elle, les articulations douloureuses. Ses yeux restèrent poser sur les doigts, refusant de regarder l’homme qui provoquait tant de remous en elle. Elaobë resta immobile un moment, réfléchissant encore à ce qu’il lui avait dit. Essayant de lui trouver des excuses pour se calmer. Finissant par ressentir juste une aigreur violente en elle.

« Va donc te plaindre à ma Lueur, je n’ai pas peur de me faire punir parce que je suis entêtée. Par contre, puisque tu te montre aussi déloyal, je ferais peut-être bien d’en faire autant, non ? Allez voir ta Lueur pour le prévenir que tu ne vas pas bien, que tu refuses l’aide de tes compagnons. J’ai entendu Erren dire aux autres que tu avais un drôle de comportement ces temps-ci… »

Elle laissa sa phrase en suspent, pour lui faire comprendre ce que l’on pouvait se dire de l’extérieur. Il semblait comploter, être prêt à trahir ou disparaître. Elle avait entendu des sentinelles en parler, et elle avait même tapé du poing sur la table, lors d’un repas, pour remettre les idées en place.

« J’étais inquiète que tu ailles mal. Je suis une idiote, tu m’en verras désolée. »

Elle se tut. Elle ne l'avait toujours pas regardé une seule fois, parlant à voix basse, comme un automate.



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Jeu 19 Avr - 12:17

Elle essuya ses menaces, contenant à grand peine sa colère. Il pouvait le voir, que celle-ci dansait dans ses prunelle. C'était tempétueux, féroce. Et s'il s'apprêtait à essuyer un coup, Dessyr fut surpris de voir le poings s'abattre sur le mur le plus proche. Il se sentit se tendre, paré à l'empêcher de continuer de se faire du mal, vérifier que, peut-être, elle n'ait rien de grave...

Mais déjà, elle se remettait suffisamment d'aplomb pour recouvrer la parole. Ce fut un murmure d'abord, qui vint porter à ses oreilles une nouvelle insulte. Et puis, elle reprit avec verve et insolence. À cet instant, Dessyr serra lui aussi les poings. Il se demanda sérieusement si elle n'avait pas été envoyée par quelqu'un, pour lui balancer dans la gueule ses quatre vérités. Suspicieux, il tomba lourdement des nues lorsqu'elle lui assura qu'il était le fruit de quelques rumeurs. Et voilà que ses propres menaces se retournaient contre lui. C'était invraisemblable. Dément ! Comment... !?  

« C'est une blague... » lâcha-t-il dans un souffle chargé d'amertume, ses lèvres se retroussant dans un rictus carnassier.

Incapable de concevoir la véracité de ses propos, Dessyr la couvait désormais d'un regard brûlant de colère. Pourquoi était-il soupçonné ?! Il avait envie de l'attraper pour la secouer comme un vulgaire prunier, qu'elle revienne sur ses paroles ou avoue se jouer de lui ! Jamais il n'avait fait montre de la moindre remarque ou...

« Erren... »

Le nom s'échappe de ses lèvres, grinçant au possible. Le sot avait peut-être noté son comportement face à Yanelle ? Peut-être deux trois regards. Mais de là à laisser entendre qu'il n'allait pas bien... ou alors... c'était les cauchemars ? Mais ça, c'est pas comme si c'était nouveau. Plus irrité qu'il ne voulait bien le laisser transparaître, l'homme se retourna en écoutant à peine les dernières paroles d'Elaobë. Toute cette affaire avait de quoi lui faire bouillir les sangs. Poussé à bout, il allait certainement l'être, à force de se confronter à pareilles pécore. Tsss...

« Tu ferais mieux de t'inquiéter de ce qui peut sortir de ta bouche. »

Parce que les mots sont autant des armes que les lames. Rien de bon ne semblait vouloir éclore de leur ''discussion''. Ils se bornaient chacun à ne considérer que leur propre intérêt, ne laissant aucune brèche, ou aucune faille dans laquelle s'engouffrer. C'était ici l'incompréhension qui avait sa place maîtresse...

« Si quelqu'un t'entends, on pourrait vraiment penser que j'ourdis quelques complots dans l'ombre. C'est ça ton but ? Alors vas-y, continue. »


Oh, il n'allait pas lui donner raison et perdre son sang-froid. Conscient que ce dernier tendait à se perdre, il se pinça une seconde l'arête du nez, fermant les yeux avant de soupirer.

« Sache juste une chose... Que j'aille bien ou non... Cela ne m'empêchera pas de faire correctement mon travail... Si t'as peur de voir mes actes rejaillir négativement sur toi, alors arrête de t'intéresser à moi. Écarte-toi juste de mon chemin. »

Ses mâchoires se crispèrent tandis qu'il achevait, acerbe :

« J'ai pas besoin qu'on s'inquiète pour moi... »

Tu perds ton temps...



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Elaobë Bec-Sombre
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Sam 28 Avr - 11:52

« Tu ne comprends vraiment rien, Dessyr. »

Elaobë avait l’impression que sa tête vibrait, à la fois de douleur, de colère et de dépit. Jamais elle n’avait été face à autant d’entêtement. Même son bourru de père était moins obtu que l’homme qui continuait à déformer tout ce qu’elle tentait de lui faire comprendre. Massant sa main endolorie pour éviter que les muscles se crispent plus encore et ne finissent par aggraver la douleur, la jeune femme releva les yeux vers son compagnon d’arme.

« J’ai justement calmé les personnes qui commençaient à se poser trop de questions en leur rappelant que nous sommes tous dans le même bâteau, tous unis pour la même cause. Elle secoua la tête, bien que la lueur de défi ne s'éteignait pas dans son regard pâle. Mais tu vas encore réussir à dire que je te cherche des noises ou que je provoque ta perte, je suppose. »

La mâchoire contractée, elle releva légèrement le menton, comme lorsqu’elle se retrouvait face à un adversaire pour un combat à main nue. C’était peut-être cela qu’il se passait avec Dessyr. Sans leurs poings, l’un et l’autre était en train de se battre sans raison.

« Je pense qu’il vaut mieux arrêter cette discussion là. Tu ne veux pas de mon aide, ni même de ma présence. Finissons notre travail, et repartons chacun dans notre coin. »

Après la colère, la tristesse, la rage, elle avait atteint le dernier point : la résignation. Elle haussa les épaules, fatiguée et blessée, et fit volte-face pour reprendre sa tâche. Plus vite elle en finirait ici, plus vite elle pourrait s’isoler de cet homme qui déchirait son âme sans aucun regret.



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Lun 7 Mai - 11:21

Entêtement ou pas, Dessyr ne pouvait s'empêcher de considérer la jeune femme comme l'exemple même de l'impudence. Ses paroles en étaient la preuve, ou du moins, étaient-elles la preuve qu'une sorte de vague dissentiment flottait entre eux : ils ne parvenaient tout simplement pas à voir les choses de la même manière. Chaque mot rebondissait, comme sur un mur, avant d'être tout droit renvoyé sur son propriétaire, déformé.

« Si certaines personnes ont un problème avec moi, dis-leur de venir me voir... je les accueillerai comme il se doit... » Marmonna-t-il, reprenant sa tâche, les muscles tendus par la nervosité.

De son point de vu, les véritables dangers dans l'histoire, c'était eux. Est-ce qu'il s'amusait à lancer des ragots dans le dos des gens, lui ? Non ! Et bon sang, que c'était horripilant ! Il y avait là fortement de quoi lui donner l'envie de casser quelques nez !  

Et puis contre toute attente, Elaobë baissa les bras. Hunh ! Enfin une chose sensée. La première depuis le début de leur semblant de discussion -qui ressemblait plus à une engueulade. Mais en réalité, il n'était pas question d'obtenir de l'aide ou non. De quoi s'agissait-il au juste ? De se battre contre les rumeurs ? Ô combat ridiculement ingrat que celui-ci ! Quel genre d'homme pouvait bien s'effrayer de deux trois mots lancés à son encontre ? Il n'avait rien à se reprocher après tout... presque rien.

« Faisons cela. » conclut-il, sans pitié, lâchant ces derniers mots entre ses dents serrées.

Détestable. C'était le terme qui devrait l'accompagner désormais, lorsqu'il repenserait à cet échange...



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