PÉRIODE DE JEU

1ER JIRILIAS AU 1ER AMARIAS 1050

Défi du roi, défi du mois

« Bouffonneries et traits d'esprit, que vos récits en soient sertis. »

1 fois par sujet rp : une situation comique, une blague ou un jeu de mot. Mauvaises plaisanteries perpétrées par ton personnage, quiproquo, contrepèterie... sois inventif !




Une seconde chance.

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Mar 10 Avr - 19:18

7 MIONEVRAS

Presque deux semaines s'étaient écoulées depuis cette fameuse nuit. Depuis cette intervention somme toute banale et hasardeuse, qui avait pourtant valu à l'homme de recroiser Yanelle. Comme un rayon de lumière perçant la voûte de l'obscure caverne, quelque chose avait changé en lui, éclot de cette improbabilité nuancée d'anciens regrets. Et si son esprit n'avait cessé de revivre la scène encore et encore, se fatiguant de lutter contre cette multitudes d'informations et sentiments contradictoires -qui le laissaient éveillé jusqu'à fort tard- : la routine avait tout de même refermée ses bras froids et pesant autour de la Sentinelle. Le contraste était saisissant, lorsque l'on y réfléchissait... c'était le feu face à la glace. C'était des envies impétueuses, qui étaient refoulées face à un devoir trop lourd et contraignant. La question étant : était-il possible de trouver un juste milieu ?

Pour l'heure, Dessyr ne savait trop. Mais néanmoins, nombreuses étaient les graines d'idées à avoir germés dans son esprit. Une chose était sûre, il voulait la revoir. Il voulait rattraper ce temps perdu, volé. Prendre sa revanche, en quelque sorte. Car souffrir davantage de cette absence, souffrir de ce gouffre qui les avait séparé, ne faisait plus parti des possibilités qu'il envisageait. Ceci était clair et net dans son esprit, contrairement au reste. Peu importe que les ombres projettent toujours quelques incertitudes çà et là. Il en était persuadé : le processus pouvait encore s'inverser. Tant pis aussi, si l'abîme qui s'était peu à peu creusé au fil des ans soit insondable de profondeur, cela ne lui faisait pas peur. Si Yanelle était disposée à faire un pas vers lui, Dessyr finirait bien par bâtir ce pont qui leur permettraient de se rejoindre. Tel était son but. Et il était terrifiant de constater combien ce dernier tendait à devenir plus important que le reste... Yanelle était semble-t-il devenue le risque qu'il souhaitait prendre...

Voilà pourquoi lors de ses rondes, la sentinelle s'était fait un devoir de reprendre ses anciennes habitudes. Tout doucement, afin ne pas éveiller de trop grandes suspicions surtout lorsqu'Erren était son compagnon, il avait cherché à se rapprocher de Yanelle via ce biais. Oh, il n'y avait guère eu plus que quelques regards échangés à la dérobée, d'infimes sourires ou des salutations courtoises... Mais l'homme s'en contentait pour le moment, cela suffisait à raffermir sa détermination...

Aussi, lorsqu'il avait entendu dire qu'en ce jour, Jandär et elle devaient venir récupérer le vieux matériel qu'il avait lui-même trié, Dessyr avait fait en sorte d'être tout naturellement désigné pour les accueillir. L'occasion était trop belle après tout. Et il était là, à les attendre, tranquillement appuyé contre ces remparts durs et froids, tout près de l'écurie et de la réserve à armements, lieu du rendez-vous. Sobrement vêtu d'un surcot de laine et de chausses sombres, une impatience parfaitement mesurée donnait aux traits de la sentinelle une légère arrogance...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Mar 10 Avr - 20:44

Après une assez mémorable gueule-de-bois, Yanelle avait eu du mal a bien saisir tout ce qui s'était déroulé.  Quelques jours avaient été nécessaires pour comprendre l'impact que cette nuit là allait avoir sur sa vie. Et si la chose revêtait un aspect enthousiasmant, indéniablement, elle se sentait somme toute un peu démunie. Il fallait qu'elle accepte cette vulnérabilité nouvelle...ment retrouvée. Et c'est à lui qu'elle le devait : Dessyr.

La vie avait repris son cours, mais elle lui semblait flotter dedans, plus que d'habitude. Leurs imperceptibles sourires allégeaient le fardeau de sa docilité passive, et elle trouvait dans la connivence de leurs regards un apaisement semblable à celui trouvé habituellement en haut des remparts. Pour le moment, elle pouvait se contenter de ça.

- Dépêche-toi Yanelle, on nous attend !

(...)

Jandär et elle poussaient une petite charrette à roulette, dont le cliquetis familier résonnait sur le pavé poli par le temps et les passages des quidams. Ils remontaient jusqu'à la tour Est, où ils étaient attendus pour récupérer du matériel usagé ─ à réparer ou refondre. Ils ne tardèrent pas à apercevoir les écuries, puis la réserve. Une silhouette familière se détache sur la pierre protectrice : Dessyr ? Après tout, elle connaissait son affectation, elle ne pouvait pas être étonnée. Pourtant, la joie fébrile de le revoir le disputait à l'inconfort et la gêne que générait la présence de Jandär. Elle se tendit un peu le temps qu'ils arrivent à sa hauteur.

- Oh mais, serait-ce le Dessyr que je connais ? Bonjour mon ami.

Jandär tendait une main chaleureuse au jeune homme qu'il avait autrefois connu, le visage avenant. Yanelle s'installait dans l'indifférence polie du mieux qu'elle put, mais un carmin discret lui réchauffait déjà les pommettes.

- Bonjour, lança-t-elle avec un signe de tête à son encontre, lèvres pincées. Nulle doute que ses yeux disaient bien plus de choses, mais ils se dérobèrent plus vite qu'un chat au contact de l'eau.





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Mer 11 Avr - 11:20

Les cliquetis de la charrette retentissaient doucement à travers la ruelle. Ils attiraient aussitôt l'attention de la Sentinelle, qui tournant la tête, découvrait le duo qui s'approchait. À peine ses yeux se posaient-ils sur la silhouette féminine, qu'une vive émotion s'embrasait en son sein. C'était quelque chose d'indescriptible, un savant mélange d'empressement et de confusion, qui faisait bondir son cœur tel un fauve en cage.

Tandis qu'ils se progressaient dans sa direction, un léger sourire vint poindre de ses commissures comme il les considéraient en silence, sans faire montre d'un quelconque trouble. Lorsqu'ils furent tout proche, il se détacha de son mur en se tenant bien droit, dardant toujours sur eux son regard pénétrant. Il fit quelques pas pour aller à leur rencontre, écouta Jandär lui adresser quelques mots.

« Oui Jandär, c'est bien moi ! » répondit-il, d'une voix qu'il trouva lui-même inhabituellement cordiale, alors qu'il levait ses doigts pour enserrer la main tendue. « Cela fait une éternité. »  

Ce faisant, le sourire qu'il avait alors qu'il considérait le vieil homme, se fit légèrement plus appuyé et complice lorsqu'il déviait ses prunelles sur sa fille.

« Yanelle. » Rajoutait-il à son intention, sensiblement plus solennel, tout en la sondant de ses iris pâle.

« Le trajet n'a pas été trop difficile ? N'hésitez pas à demander de l'aide pour le retour, si la charge est trop conséquente. »


Il leur désigna la réserve d'un geste du bras, les priant ainsi de ne pas hésiter à poursuivre.

« Vous connaissez le chemin. »

La sentinelle leur emboîta le pas. Une fois la porte de bois atteinte et déverrouillée, il les laissa passer devant en veillant à ce que personne ne les épie. Et discrètement, il se plaça dans le dos de la jeune femme, sa main effleurant le creux de ses reins pour accompagner le mouvement, l'air de rien. Tandis que Jandär inspectait la remise, il se pencha à peine vers elle. Du bout des doigts, il captura une mèche de ses cheveux.

« Je suis content de te voir... »
lui glissa-t-il dans un murmure à peine audible, qu'elle seule pourrait percevoir.

Il captait son attention et, l'espace d'un instant, son sourire se fit plus tendre de même que son regard. Il ne tardait cependant pas à s'éloigner pour leur présenter le stock, et la minute qui suivait, Dessyr reprenait d'une voix plus forte, assurée, détachée.

« Je crains que nous n'ayons une masse de travail considérable à vous confier cette fois-ci. Toutes ces épées et ces boucliers sont abîmés, ainsi que ces quelques pièces d'armures. »



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Yanelle Reflet-Opalin
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Mer 11 Avr - 18:26

Jandär acquiesça à la remarque de la sentinelle en hochant la tête, puis ajouta en le dépassant :

- Ah il en faut plus pour venir à bout du vieux Jandär mon garçon.

Père et fille le laissèrent leur ouvrir la voie de la réserve. Puis, alors qu'ils pénétraient dans le bâtiment en abandonnant leur petite charrette à l'extérieur, Yanelle perçut le contact chaleureux de sa main contre son dos. Elle aurait pu s'inquiéter, s'offusquer de sa désinvolture en présence du vieux forgeron. À quoi joues-tu ? Qu'est-ce que tu fais ? Mais la vérité, c'est que la curiosité de cette aventure nouvelle, qui s'offrait à elle, la remplissait. Elle ne connaissait rien de ces choses-là, elle n'en avait effleuré, maladroitement, qu'une infime surface trois ans auparavant. Et il semblait donc qu'une myriade de secrets s'étendaient sous ses yeux, attendant d'être cueillis, découverts. Les émotions, les sensations lui échappaient et... ce lâché-prise avait du bon quelque part. Malgré tout.

Puis, après l'étreinte d'une parole et la caresse d'un regard, un on-ne-sait-quoi lui parcourut l'échine. Elle prit ce qu'il offrait, en relevant le menton avec une paisible malice au coin des lèvres, mais sans daigner lui répondre.

Elle reporta son attention sur leur tâche du jour, et cela lui permit de reprendre un peu contenance. Elle observa ce que la sentinelle en faction leur désigna, en se grattant la tête.

- Même un peu trop considérable pour notre modeste charrette. Qu'en penses-tu toi ?

- Il est vrai... chargeons ce qu'il est possible de transporter pour commencer.

Jandär n'était pas du genre à traîner en longueur, aussi le voilà qui joignait déjà le geste à la parole. Plusieurs épées émoussées et abîmées dans les bras, en route vers la charrette qui attendait dehors. Yanelle s'apprêtait à l'imiter.





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Jeu 12 Avr - 16:07

Même si le vœux secret de l'homme était de voir Yanelle s'évaporer de son champ de vision, le moins rapidement possible... c'était un fait, il ne servait à rien de faire inutilement traîner les choses. Avec la masse de travail qui attendait les forgerons, Dessyr était conscient que plus tôt ils en auraient terminé ici, et plus vite ils pourraient se mettre à l'ouvrage. Alors, partagé par ces deux sentiments, et après les avoir observé faire et échanger quelques instants, il se rajouta tout naturellement à l'équation.

« Je vais vous aider. »

Joignant le geste à la parole, il entreprit de faire jouer de ses muscles tout en restant aveugle à ce que la jeune femme éveillait d'importun chez lui. Attrapant tantôt cuirasses, tantôt lames, il alla déposer celles-ci dans la charrette. Et parfois, lorsqu'il englobait l'espace rustique de ses prunelles, à la recherche d'éléments, il se remémorait l'échange électrique qui l'avait opposé à Elaobë, ici même, quelques jours auparavant. Il se revoyait lui faire face, devoir essuyer ses propos acerbe. Le ressentiment qui était né de cet affrontement lui avait laissé un goût amer en bouche, vraiment. Pour tout dire, et pour une obscure raison, celui-ci tardait à s'estomper. Raison de plus pour pas traîner là...

À eux trois, la petite charrette se retrouva vite à déborder d'acier. La question se posa alors de savoir quoi faire du reste des lames émoussées. Pourraient-ils, avec la seule force de leur bras, ramener tout cela jusqu'à leur forge ? Tout en considérant la carriole d'un œil critique, planté à quelques pas de là, Dessyr en doutait fortement. Il finit par dire tout haut le fond de sa pensée :

« Nous ferions mieux d'atteler une monture à cette charrette, que Jandär puisse la mener plus aisément. Quant au reste, je vais le charger sur le dos d'un autre cheval et vous accompagner. Cela ne devrait pas prendre trop de temps. »

Ce n'était qu'un juste retour des choses, après tout. Ce genre d'éventualité faisait parti des efforts concédés pour le service rendu en retour. Et puis... certains chevaux manquaient d'exercice, voilà qui tombait donc plutôt bien. Aussi, lorsque l'affaire fut entendu, Dessyr entreprit d'aller seller et harnacher deux étalons à la robe alezan et pie : Brume et Ricochet, de leur doux noms. Il laissa le soin à Jandär de s'occuper de sa monture, puis alla jeter les dernières lames dans une large toile grise, accompagné de Yanelle. Mieux valait les enrouler là-dedans avant de les sangler fermement, de telle sorte que rien ne dépasse et ne blesse qui que ce soit. Puis, peu après, une fois le tout attaché sur la croupe de l'animal, d'un mouvement ample et assuré, l'homme se hissait sur son dos. Ils étaient, semble-t-il, fin prêt. Presque... jugea-t-il intérieurement, en gardant rivé sur la silhouette féminine ses iris tranchant. Il manquait juste un élément...

Tout en éperonnant les flancs de la bête jusqu'à se rapprocher de Yanelle, la sentinelle se pencha à peine vers elle, lui tendant une main, l'air un brin calculateur.

« Approche. Toi et moi allons partager la même monture. »

Et ainsi patienta-t-il, mue par l'espoir de lui offrir une place stratégique, juste là, devant lui...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Jeu 12 Avr - 20:34

À trois, l'opération fut rapidement pliée. Déjà, l'humble charrette croulait sous le matériel. Dessyr proposait alors d'apporter une solution. La jeune femme écouta, puis concéda :

- D'accord, bonne idée.

Jandär s'occupa de la carriole et de sa monture ; il avait déjà l'expérience des chevaux, il savait donc se débrouiller seul, ce qui n'était pas forcément son cas à elle. Elle regroupa le reste des armes avec la sentinelle, sans un mot, seulement dans un ballet ininterrompu de proximité et d'éloignement. Ils empaquetèrent le tout solidement, et force était de reconnaître que l'opération était rendue plus simple avec une autre paire de bras en renfort.

Elle le laissa s'occuper du cheval, et lorsqu'il vint à son niveau, elle posa une main sur l'encolure de la monture, doucement. Le contact était doux, chaud, rassurant. Considérant l'invitation, d'abord interdite, elle réalisa ce que la manœuvre supposait de proximité, de contact. Un frisson la parcoura avant qu'un flot ardent ne l'embrase jusqu'aux oreilles. Elle espéra que ça passe inaperçu. Elle finit par trancher d'un timbre légèrement défaillant :

- La pauvre bête a-t-elle vraiment besoin d'une charge supplémentaire ? Je peux marcher, sentinelle.

Elle n'aimait pas l'émoi que cela avait généré, se sentir prise en embuscade de la sorte. Elle se renfrogna, sourcils froncés, comme une enfant qui boudait faussement, sans trop savoir pourquoi. Elle se concentra sur le destrier, caressant délicatement son pelage sombre.

- Allons-y les jeunes.

Jandär ouvrit la marche, et ils se joignirent à sa suite, au pas. Elle resta à la hauteur de l'homme qui la troublait si profondément. Ce n'était pas désagréable dans le fond... mais perdre ses moyens l'énervait au plus haut point, et la poussait indéniablement dans des retranchements qu'elle ignorait avoir. Elle espéra naïvement qu'il serait... indulgent ?





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Jeu 12 Avr - 22:52

La main de Dessyr ne se referma que sur du vide lorsque Yanelle refusa sa proposition -qui n'en était même pas réellement une...- Pourquoi ? s'interrogeait-il mentalement, quelque peu surpris. Avait-elle saisit son jeu ? Refusait-elle sciemment de monter avec lui, juste pour se tenir loin de tout contact ? L'idée remua quelque chose de désagréable en son for intérieur. D'autant plus que même l'excuse dont elle l'abreuvait, résonnait bizarrement à ses oreilles. Tant est si bien que lui aussi fronça les sourcils. Il ouvrit même la bouche pour protester, avant de se perdre dans l'étude de cette expression qu'elle affichait. De voir ses joues se teinter de pourpre, et d'en esquisser l'ébauche d'une signification. Il entendit à peine Jandär lancer le convois. Sans faire montre de son intention de le suivre, Dessyr recouvra contenance, l'air d'autant plus distant. Et contre toute attente, il sauta au bas de sa monture pour faire face à la jeune femme.

« Très bien, comme il te plaira... » fit-il d'une voix résolument basse, en dardant sur elle son regard opiniâtre. « Si tu as peur pour cette pauvre bête, soit. Mais dans ce cas prend ma place. Je vais marcher. »

Allait-elle refuser, une nouvelle fois ? À présent, l'homme la défiait presque de trouver une nouvelle parade. S'il suivait sa logique, elle ne pouvait refuser, si ? Lentement, il lâcha la bride de la bête, et avant-même qu'elle ne puisse le prévoir, il se pencha pour la saisir par la taille. Le mouvement fut aussi vif qu'habile. Et tel un fétu de paille, il la souleva dans les airs pour l'asseoir sur le docile étalon. Un léger sourire étirait ses lèvres tandis qu'il la contemplait en contre-plongée, une main sur la selle. La question étant à présent... allait-elle y rester ? Oui ou non...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Jeu 12 Avr - 23:32

Elle écarquilla les yeux lorsqu'il mit pied à terre et qu'elle put contempler ses iris. Qu'il était inconfortable de se figer dans des appréhensions idiotes, elle qui d'ordinaire était directe et toujours prête à tout tenter ! Un peu honteuse, elle entrouvrit la bouche, cherchant quelque mot d'excuse ou d'apaisement : "Désolée." "Ne te méprends pas s'il te plait." Mais déjà la voilà qui s'envole dans les airs comme si de rien n'était, pour se percher sur la selle bien malgré elle. Elle frémit, en inspirant un grand coup, pour se ressaisir.

Que faire ? Elle ne sut pas quelle était la chose attendue. Elle lui jeta un regard sans oser trop bouger : le sourire qu'elle aperçut la rassura tout de même. S'amusait-il un peu de la situation au fond ? J'espère. Et c'est peut-être ce qu'elle vit. Elle se forçait à regarder devant elle, mais son faciès se détendit.

- Oh, ne t'amuse pas de ma gaucherie, toi, hein.

Sa réplique lui arracha un sourire gêné, mais.. complice ?





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Ven 13 Avr - 0:35

Eh bien, une petite victoire se profilait à l'horizon, à n'en point douter. Pour la plus grande satisfaction de la Sentinelle, Yanelle n'ébaucha nulle mouvement pour redescendre du cheval. Au contraire, elle semblait prête, se bornant à regarder droit devant elle tandis qu'il la lorgnait du coin de l’œil. Il pouvait jubiler pour si peu, oui. Sa réflexion raffermit le sourire qu'il avait, et qui n'était pas complètement retombé sur ses lèvres.

« Je n'oserai pas. » assura-t-il tranquillement, en soufflant néanmoins un léger rire nasal.

Depuis quand n'avait-il pas sourit de la sorte ? Des mois, assurément. Tel était le talent de Yanelle, au fond. Quand beaucoup d'autres échouaient, elle, elle parvenait à animer cette petit lueur en lui. Celle qu'il se faisait un devoir d'étouffer au quotidien, car trop tendre, traîtresse.

Avant qu'ils ne se mettent en marche, il veilla à ce qu'elle place correctement ses mains sur le pommeau de la selle, pour qu'elle ne craigne rien. Et surtout que je n'ai pas à m'en faire... Peut-être en profita-t-il pour créer et savourer ce contact de leur mains. Il avait cette étrange sensation sur le bout de ses empreintes, né de l'effleurement de sa peau. Comme une légère brûlure, quelque chose d'électrique, qui remontait le long de son bras pour faire battre son cœur comme un tambour de guerre.

« Si cela ne te dérange pas je vais garder la bride... par précaution... »

Il était comme ça après tout. À toujours tout vouloir contrôler, surveiller. Surtout avec elle, maintenant. Si le moindre doute subsistait quant à sa sûreté, mieux valait s'assurer du contraire. C'était plus fort que lui de toute façon. Et c'est ainsi, que d'une manière comme d'une autre, tout deux finirent par rattraper doucement la charrette et Jandär. Restant tout de même à une distance raisonnable, Dessyr se disait qu'ainsi, il pourrait en profiter pour discuter... là, comme ça, sans en avoir véritablement l'air... sans que personne ne les entendent...

« Tout se passe bien à la Forge ces temps-ci ? Vous n'avez pas eu de problème quelconque ? »



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Yanelle Reflet-Opalin
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Ven 13 Avr - 19:54

Était-ce à cela que ça devait ressembler ? La connivence entre leurs paroles était agréable. Il suffisait de rendre les armes, de baisser sa garde : les choses iraient simplement. Elles ne pourraient sûrement pas être normales, boudant la norme et les règles mais, elles pouvaient être plus aisées, plus faciles. Malgré l'effort que cela lui coûtait. Alors qu'il prenait, littéralement, les rênes, Yanelle concéda, sans trop de mal :

- Il vaudrait sûrement mieux, oui.

Elle n'était pas tout à fait à l'aise sur la selle, alors l'initiative de la sentinelle de la guider pour se tenir de la bonne façon fut la bienvenue. Elle profita du contact, comme si de rien n'était et un sourire en coin, puis réfléchit à sa question avec un léger retroussement de lèvres.

- Oh le travail va bien, oui.. Une amertume légère flottait à la surface des mots. À part d'un Jandär plus bourru que d'habitude, je n'ai pas à me plaindre. Il boude un peu quand je dois m'éclipser à la Luciole Chancelante, pour m'acquitter de.. bref tu le sais bien. Tu dois te douter qu'il n'était pas très content d'apprendre ce qu'il s'est passé ce soir-là. Il dit que l'alcool ne génère jamais rien de bon.

Un sourire malicieux déformait ses traits. Car pour sa part, gueule de bois et cuir chevelu douloureux mis de côté, elle ne gardait pas un mauvais souvenir de l'issue finale des événements. Il était effectivement regrettable d'avoir du saccager une taverne pour en arriver là mais... les choses étaient de qu'elles étaient. Yanelle remboursait sa dette avec sérieux, et l'histoire était déjà presque oubliée. Elle se perdit en réminiscences, l'espace d'un instant. À chaque fois qu'elle y repensait, elle avait toujours un peu de mal à croire que ça s'était vraiment passé.

- Je ne partage pas tout à fait son avis sur le sujet, ajouta-t-elle, l'air de rien. Et, comment se porte le Mont d'Or et ses habitants, ces derniers temps ?





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Sam 14 Avr - 21:58

Dessyr écouta la jeune femme, une moue railleuse retroussant fugacement ses lèvres et dévoilant une canine carnassière. Oui, il savait bien à quoi elle faisait allusion. Et pour cause, il en avait été directement le témoin...

« Jandär n'a pas tort dans un sens... l'alcool échaude les esprits, délie les langues et fait commettre des erreurs parfois irréparables. Bien que ton cas soit plutôt dérisoire, ce qui s'est passé à la taverne en est la preuve, Yanelle... c'est normal qu'il s'inquiète. »

Je m’inquiéterai aussi à sa place. songea-t-il furtivement, tout en se gardant bien de le dire à voix haute, le regard tourné droit devant lui. Non pas que l’événement la concernant était si fatal et extrémiste que ça, mais l'imaginer aux prises avec d'autres individus avinés, et totalement saoule, sans qu'il soit dans la possibilité d'intervenir... voilà qui le hérissait au plus haut point !

« Le Mont d'Or se porterait bien mieux de mon point de vu, s'il n'y avait l'alcool pour rendre certaines personnes incontrôlables. Mais à part quelques débordements, les villageois se tiennent tranquille. Pas grand chose à dire, hormis quelques broutilles dont tu dois avoir déjà entendu parlé... »

Parfois, il ne se passait strictement rien durant des jours. Les rondes se ressemblaient tant et tant, qu'une fois le soir venu, un désagréable sentiment d'inutilité venait le saisir de plein fouet. L'inaction avait cette tendance de le rendre irritable, en plus de soulever en lui un flot de questionnement indésirable.

« Enfin... » Il renifla en déviant à peine les yeux, pour lorgner sur les bottes de la jeune femme. « Pour en revenir à cette affaire de taverne... Je suis pas mécontent de la tournure qu'aura prit cette soirée... »

Disant cela, l'homme se perdit un instant dans un silence pensif. Et puis, comme surgit de nulle part, l’aveu franchit la barrière de ses lèvres, un peu plus doucement encore que le reste :

« Tu m'as manqué... »
Souffla-t-il avant de prendre une grande inspiration. « C'était pas pareil sans toi, tu sais... c'était comme... vide et sans saveur. »

Même sorti de sa propre bouche, les mots revêtaient une forme de ferveur dont l'homme fut le premier à être déstabilisé. Inconsciemment, il pressa le pas en se raclant la gorge, ne cherchant surtout pas à croiser son regard. Parce qu'il y avait ce truc qui continuait de s'agiter en lui, lorsqu'il pensait ou parlait de ce manque, invoqué par l'absence de Yanelle dans sa vie. Et très franchement, il en était convaincu, ceci lui causerait très prochainement une nouvelle sorte de soucis, s'il ne parvenait à se maîtriser.

« Tu m'en veux... ? »



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Yanelle Reflet-Opalin
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Dim 15 Avr - 0:13

Elle avait presque oublié ce Dessyr si rigide et sérieux qu'abritait la sentinelle. Elle écouta la tirade sans broncher. Elle voyait de quelles broutilles il parlait : qui n'avait pas entendu parler du célèbre chapardeur de légumes ? Elle sentit pourtant le spectre de l'amertume derrière sa parole, et l'épargna en concluant :

- Ce qui est certain, c'est qu'il faudra que je t'offre une brune-miel à ta prochaine permission.

Elle tourna la tête, triomphante, et lui adressa un regard où brillait une pointe de défi. Elle se perdit en réflexions, en pensant à l'hypothétique permission, alors qu'il marquait un silence. Sa confession fut aussi discrète qu'inattendue. Elle resta interdite : elle partageait ses état-d'âme, il fallait le reconnaître. Mais les mots peinaient pourtant à franchir le seuil de sa bouche. Elle faillit se perdre à nouveau en pensées, troublée par l'aveu, alors que son faciès échappait à sa vue. Mais sa question la ramena aussi sec à la réalité ; Elle soupira en relevant les sourcils, dans une expression de surprise attendrie.

- Non. Bien sûr que non. Son ton était ferme, assuré, rassurant. Elle marqua un silence à son tour, avant de poursuivre : Et toi ?

La mine de la jeune femme se voila d'un doute. Elle se demanda s'il la questionnait car il gardait lui-même un vestige tenace de rancune. L'alcool délie les langues... Elle éprouva une forme de culpabilité pour les paroles dures qu'elle avait pu avoir cette nuit-là. Mais l'endroit et le moment ne lui semblait pas idéaux pour s'épandre trop amplement sur ces questions là, ni sur toutes les autres qu'elle avait eu mille fois l'occasion de se poser depuis.





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Dim 15 Avr - 12:24

L'homme tira un certain soulagement de l'entendre lui assurer qu'elle ne lui en voulait pas. Il n'en fit montre, mais imperceptiblement, ses épaules se relâchèrent. Du moins, jusqu'à ce qu'elle ne lui retourne la question, ce qui fit poindre tout un tas de choses en son for intérieur.

« Non... comment pourrais-je ? J'étais blessé, mais aujourd'hui tous les ressentiments que j'éprouve sont uniquement tournés vers Daëva. »

Dessyr laissa sa pensée amère se faire happer par le souvenir de celle qu'il avait considéré comme une sœur, et bien plus. Il se sentait las de chercher à comprendre pourquoi Daëva lui avait menti, et pourtant, il n'avait de cesse de se poser mille et une questions. C'était probablement ça le plus difficile : l'incompréhension. Ne pouvoir saisir la raison derrière tous ces actes.

« Je ne comprends pas... pourquoi a-t-elle fait ça ? Est-ce que son but était depuis le début de me poignarder dans le dos et de me briser le cœur ? » Il serra les dents, son ton se parant de quelques tonalités abruptes et basses. « Pourquoi ? »

En vérité, il commençait à se sentir véritablement idiot. Combien de fois ces derniers jours, ne le lui avait-on envoyé en pleine figure, hein ? D'abord Yanelle, puis ensuite Elaobë. Peut-être n'était-il vraiment qu'un naïf doublé d'un sot. L'idée lui donnait matière à ruminer, piqué qu'il était dans sa fierté.

« J'ai cru devenir fou parfois ces trois dernières années... mais elle était là, toujours. Elle susurrait ces mots à mon oreille, me rassurait autant qu'elle créait le doute... et je l'ai cru... j'ai vraiment cru que... »

Il n'acheva le fond de sa pensée, mortifié et dérouté. Parce que ses paroles avaient ce parfum de regret, de peine et d’écœurement, ses doigts se raffermirent sur la bride. Et il se tut quelques instants, sans trop savoir s'il attendait une réponse ou non.

« J'aurai dû t'écouter quand tu me disais de me méfier d'elle... »



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Yanelle Reflet-Opalin
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Dim 15 Avr - 20:53

Il balaya ses doutes d'un revers de manche. L'étau se desserra, et elle put inspirer. Elle ne fut en revanche pas étonnée que le nom de Daëva soit remis sur le tapis. Elle partageait ses états d'âme à son sujet... Peut-être plus que lui encore ; Elle n'avait jamais été dupe, même si elle n'aurait pas pensé qu'une telle malveillance puisse exister. S'était-elle assez battue ? Certainement pas. Mettre Dessyr en garde était une chose, mais agir et protéger en était une autre. Ce n'était pas la première fois qu'elle y repensait et une ombre de culpabilité planait au dessus d'elle.

Elle l'écouta patiemment, consciente de sa douleur. C'était d'ailleurs désagréable de le sentir ainsi ; Elle aurait voulu l'étreindre pour le ramener doucement à un présent moins pénible. Du haut de sa monture, elle se sentait assez impuissante. Ses mains se crispèrent sur la selle.

- Je pense que... malheureusement, ces questions, comme tant d'autres, resteront sans réponses. Mais... Ne lui fais pas ce cadeau. Cesse de te torturer.

Elle, dont la langue aiguisée tranchait parfois si vivement ses interlocuteurs, se voulait douce dans son timbre de voix, dans ses mots. C'était un exercice difficile, mais elle fit de son mieux. La présence de Daëva ne s'évaporerait sûrement pas du jour au lendemain, malgré son absence physique, et même si cela lui hérissait chaque poil du corps, elle l'accepta. Elle ajouta, à demi-mot :

- C'est parce que tu es bon qu'elle a pu te murmurer ses vérités à sa guise. Ne regrette pas d'être quelqu'un de bon, Dessyr. Ne la laisse plus avoir cette emprise-là. D'autres choses t'attendent à présent.

Il était difficile de trop argumenter dans ces circonstances, et à ce moment-là ils ne se trouvaient plus très loin de la forge. Jandär menait toujours le convoi, et n'avait pas l'air de s'être rendu compte de leurs échanges.





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Lun 16 Avr - 0:34

Buvant littéralement ses paroles tout en marchant, Dessyr avait l'impression que Yanelle lui passait un baume sur le cœur. Sa voix résonnait telle une douce mélopée à ses oreilles. À cet instant, elle était son phare dans la nuit. La lueur vers laquelle il souhaitait avancer, coûte que coûte. Qu'importe le tumulte. C'était la douceur qui tentait de contrer la douleur. Et miraculeusement, cela fonctionnait... un peu. Mais un peu, c'est beaucoup, à l'heure actuelle.

« Je ne sais pas trop si je suis aussi bon que tu le dis... mais tu as sans doute raison, pour ce qui est du reste... »

Même s'il doutait férocement, qu'une forme sourde de colère et de dégoût ébranlait encore son âme, il avait envie de la croire... de puiser quelques forces dans ses paroles. Mais quelles étaient ces autres choses, auxquelles elle faisait allusion ? Dessyr aurait apprécié pouvoir lui poser la question. Qu'est-ce qui l'attendait, au juste ? Le savait-elle ? Et surtout, en faisait-elle partie... ? Une forme de pudeur l'empêchait de formuler cette interrogation. Il redoutait la réponse, découvrir qu'il se berçait d'illusions, que tout ce qui l'attendait n'était que solitude mâtinée de peine. De toute manière... s'épancher ainsi dans les rues du Mont d'Or n'est certainement pas la meilleure solution. Ces interrogations seraient donc emprisonnées en lui, jusqu'à ce qu'un moment plus opportun ne se présente...

« Merci. » lui glissa-t-il néanmoins, avant de sceller ses lèvres pour de bon.

Un pli soucieux barrait son front. Le temps que dura le reste du trajet, Dessyr ne pipa mot, il n'avait plus vraiment le cœur de s'exprimer. C'était comme si un fantôme avait d'emporté le reste des verbes qui ricochaient dans son crâne. Il savait juste combien, à ce moment-là, il aurait aimé pouvoir avoir des gestes doux envers Yanelle. Juste un contact, susceptible de lui prouver qu'elle était bien réelle, et non pas juste le fruit de trop grandes espérances. Mais il n'y arrivait pas, là aussi. Tout comme les mots, les gestes demeuraient enclavé en lui. Son objectif semblait avoir toute sa pleine attention, et il se concentrait sur la route, puisqu'il n'arrivait à rien d'autre.

Peu avant qu'ils n'atteignent la forge, cependant, pensif, le regard de l'homme s'accrocha à son profil féminin. Il la trouvait belle et fière... sensuelle et solide. Juste, aussi. En cela, elle n'avait pas tant changé que ça, en trois ans... elle était juste devenue encore plus charismatique à ses yeux.

« Nous y voilà. »
murmura-t-il, faisant comme un écho aux paroles du vieux Jandär.

Stoppant l'étalon en tirant sur ses rênes, Dessyr tourna ses talons pour faire face à la cavalière.

« Laisse-moi t'aider. »

Déjà, il lui faisait signe d'enjamber la selle, prêt à la réceptionner, lui offrir le soutien de ses mains et bras. Il restait encore un peu de travail, mais tout décharger n'allait pas demander pas trop de temps... L'heure de la séparation arriverait très vite, et la sentinelle sentait d'ors et déjà un poids lui écraser les épaules...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Mar 17 Avr - 12:33

Yanelle ne se démonta pas. Elle posait sur lui un regard discret mais compatissant. Elle respirait calmement, laissant libre cours à un flot de pensées vivace, agité. Elle accueillit le remerciement de Dessyr avec une forme d'imposture ; elle ne s'était pas sentie d'une grande aide. Une légère moue tordit sa bouche, puis ce qui restait du trajet se passa dans un silence contraint. Elle se borna alors à regarder devant elle, s'accrochant aux détails du chariot devant eux, détaillant les divers bruits produits par les pavés et qui se répercutaient sur le bois, puis sur le métal usagé.

Et la forge fut là. Elle entendit la voix grave de Jandär qui s'affairait déjà à la tâche, soucieux d'accomplir son devoir le plus vite et le mieux possible. Elle entendit aussi le murmure de Dessyr qui l'accompagnait. Oui, les y voilà. Elle ne répondit pas, se contentant d'hocher la tête. Elle se tint fermement alors que le cheval marquait son arrêt. L'aide de la sentinelle fut, une fois de plus, la bienvenue.

Elle enjamba non sans appréhension l'étalon ; elle cru perdre l'équilibre, une seconde, mais non, une main tendue et un appui solide l'attendait. Ah, on se sentait tout de même mieux une fois au sol ! L'espace d'un instant, ils furent si proche que l'air entre eux sembla bouillonner, se réchauffer. Elle sentait son aura, réconfortante et protectrice, et elle en profita pour en tirer toute la force qu'elle pouvait. La force de patienter jusqu'à la prochaine fois que leurs routes se croiseraient, celle de supporter quelques temps encore le garrot des hauts remparts sur son existence. Elle plongea ses joyaux parmes dans les pupilles de Dessyr. Elles racontaient tant de choses ! Peux-tu le voir ?

- Merci.

Le temps s'étira, transformant les quelques secondes pour qu'elles paraissent des minutes. Puis elle se dégagea, comme si rien ne s'était passé, leur évitant quelques ragots que pourraient colporter les quidams qui déambulaient alors autour d'eux. Elle s'affaira à aider le vieux forgeron.





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Hier à 15:52

Lorsque la jeune femme se retrouva au bas de sa monture, un courant électrique balaya le corps de l'homme. Il entendit à peine son remerciement. Elle était si proche de lui soudain, qu'il pouvait presque sentir son souffle tiède ricocher jusqu'à son cou. Et il la frôlait, sa main sur son bras, la respiration coupée, l'abdomen contracté. Quand elle releva ses deux perles azuréennes vers lui, que leurs regards se percutèrent, il se retrouva comme hypnotisé, envoûté par un charme puissant. C'était... idiot... dans quel piège venait-il de se jeter ? Cela ne dura peut-être que quelques secondes, c'était néanmoins suffisant pour que sa gorge s'assèche, pour que son cœur se mette à cogner bruyamment contre son torse. Et ses paupières dévièrent doucement sur une pommette, sur ses lèvres... Elle est si proche... il suffirait que je... tende un peu le cou...

À peine songea-t-il cela, que le sortilège se rompait brutalement avec la dérobade de Yanelle. Là où une vive chaleur s'était instaurée, ne subsista plus qu'un froid intense. Dessyr retrouva son souffle. Il cligna plusieurs fois des yeux en s'humectant les lèvres, avant de s'invectiver intérieurement pour son comportement. Clairement, il avait été à deux doigts de craquer, là, au beau milieu de la rue, et qui plus est sous le regard de Jandär... Bon sang, il m'arrive quoi encore !

Il ne lui fallu guère de temps pour recouvrer contenance, irrité qu'il était de s'être laissé aller, d'avoir révélé sa faiblesse -non pas au grand jour, mais à lui-même. Soufflant discrètement pour évacuer les restes de cet élan de désir, il guida le cheval jusqu'à la forge. Puis, se raclant la gorge, évitant soigneusement de regarder Yanelle, il entreprit tout naturellement de les aider à décharger les armements. Comme un peu plus tôt, ils firent quelques allez et retours jusqu'à ce que la charrette et l'étalon soient délestés de tout chargement.

Ce n'est qu'une fois ce labeur achevé, que Dessyr se permit de considérer la jeune femme, brièvement.  

« Bien. J'en ai terminé ici semble-t-il. »

Pas la peine de se perdre dans quelques détails inutiles, les forgerons connaissaient bien leur travail et la marche à suivre. Il n'y avait là rien d'inhabituel après tout. Alors l'homme monta sur son étalon, fier, le dos bien droit.

« Je vous laisse prendre soin du reste. Bon courage. »

Ainsi adressa-t-il ses derniers mots, allant ensuite pour se saisir de la bride du second animal. C'est à peine s'il se permit d'adresser à Yanelle l'ombre d'un sourire, tant la monture trépignait de sentir un cavalier manifestement plus expérimenté sur son dos. Et tout en regagnant le chemin de la tour Est, Dessyr réfléchissait d'ors et déjà a un moyen de revoir la jeune femme...



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