PÉRIODE DE JEU

1ER AMARIAS AU 1ER JERARIAS 1050

Défi du roi, défi du mois

« Bouffonneries et traits d'esprit, que vos récits en soient sertis. »

1 fois par sujet rp : une situation comique, une blague ou un jeu de mot. Mauvaises plaisanteries perpétrées par ton personnage, quiproquo, contrepèterie... sois inventif !




Réminiscences alcoolisées

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Yanelle Reflet-Opalin
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Jeu 5 Avr - 16:21

26 FEDESTHAS 1050

Voilà plusieurs jours que ses nuits étaient agitées de songes voraces, ne lui laissant aucun répit. Elle se réveillait à chaque fois plus fatiguée que la veille, l'esprit embrumé de questions qui ne trouveraient aucune réponse et le cœur étreint de sensations désagréables. Las de ce cirque qui ne trouvait pas de fin, les nerfs particulièrement à vif, elle décida de noyer sa fatigue dans la Brune-Miel, jusqu'à ce que sommeil sans rêve s'en suive.

Elle avait ainsi trouvé refuge dans la taverne de "La Luciole Chancelante" . À moitié affalée sur le comptoir, elle soutenait sa tête de l'un de ses bras, et de l'autre elle faisait danser le liquide doré dans sa choppe. Beaucoup de monde s'affairait ça et là, des hommes, quelques femmes. Les rires fusaient, les verres s'entrechoquaient. L'atmosphère était relativement agréable.

Elle avala le liquide d'une traite, et demanda sa cinquième chopine au tavernier qui la dévisageait légèrement déconfit. Une fois servie, elle soupira que le breuvage ne lui monte pas plus vite à la tête.

- Sacrée descente que t'as là ! Jandär doit être fier d'avoir élevé un fils tel que toi !

Rires gras. Le mot ne glisse pas, il étincelle contre ses nerfs à vif et embrase son être. Le rouge de la colère monte un peu trop rapidement à ses joues. Si elle était habituée à l'univers rustre masculin, son égo de femme existait malgré tout. Quelques minutes s'écoulent, sans qu'elle ne fasse mine de répondre.

Puis, ni une, ni deux, elle se meut dans la masse, choppe à la main, jusqu'à l'importun. Peut-être que Reflet-Opalin y est pour quelque chose, peut-être n'est-ce que l'effet combiné de l'alcool et de la fatigue, mais toujours est-il qu'elle ne réfléchit pas et se contente d'agir : elle déverse son contenu sur le crâne de l'homme, soudain très surpris. Et puis les choses dégénèrent trop vite : il tente de répliquer d'un croquet mal assuré, heurte un quidam assit juste à côté, qui réplique à son tour, et ainsi de suite, bien malgré elle : chaos général et joyeuse baston alcoolisée.





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Jeu 5 Avr - 18:23

C'était une ronde comme une autre, avec un compagnon comme un autre... C'était des pas qui résonnaient doucement dans l'obscurité, à mesure que les deux Sentinelles progressaient. Ni l'un ni l'autre ne prononçaient de mots, chacun étant tout simplement occupé à tendre l'oreille, écouter les bruits de cet environnement paisible. Pour les avoir empruntés mainte et mainte fois, Dessyr connaissait toutes ces petites routes par cœur. Cela ne l'empêchait cependant pas d'accomplir sa tâche avec sérieux. Il le savait, d'expérience, que c'était lorsque l'on s'y attendait le moins que les déconfitures survenaient...

Aussi, lorsqu'un vacarme virulent accompagné de quelques clameurs douteuses s'élevèrent de l'obscurité pour parvenir jusqu'à leurs oreilles, les deux hommes se dirigèrent d'un commun accord vers l'origine de ce bruit.

« Tiens... une fête ? Et nous ne sommes point conviés ?! »

Pour toute réponse, un profond soupir s'expulsa hors des lèvres de Dessyr. Si c'était une blague, eh bien, celle-ci n'était pas drôle du tout. Pour tout dire, il était même d'ors et déjà excédé par le spectacle qu'il s'imaginait bientôt devoir découvrir.... Une fête, pff. Encore quelques ivrognes qui font du grabuge, ouais... Vissant sur la taverne ses deux orbes pâles, deux enjambées, et le voilà qui enfonçait les gongs sans douceur !

« Par Orindyü ! Que se passe-t-il ici ?! » Tonne-t-il férocement de son timbre autoritaire, en faisant claquer le pommeau de son épée contre son bouclier.

Fermement campé sur ses deux jambes, les lèvres entrouvertes sur ses mâchoires serrées, l'homme jetait sur l'assemblée un regard des plus sévère. Son intervention atténua quelque peu les ardeurs des plus dociles, tandis que d'autres, certainement trop avinés pour raisonner correctement, continuaient de s'en donner à cœur joie. Cette vision fit battre le sang dans les tempes de l'homme, qui d'un mouvement sec du menton, faisait signe à son acolyte d'intervenir.
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Yanelle Reflet-Opalin
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Jeu 5 Avr - 23:24

Les sons, les odeurs, tout se mélangeait. Le monde autour d'elle commençait à se balancer au rythme des badauds dont elle esquivait tant bien que mal les corps déséquilibrés et malhabiles. La brune-miel distillait enfin les effets qu'elle était venu chercher ici. Mais une clameur sourde emplissait la grande salle commune, et tout ce remue-ménage lui donnait mal au crâne. Son seul souhait à présent résidait dans la quête d'un endroit pas trop inconfortable pour piquer un somme salvateur - et nécessaire.

Alors qu'elle essayait de se frayer un chemin entre ses congénères jusqu'à l'entrée, une voix rugit en même temps que l'épaisse porte qui la gardait s'ouvrait.  Cette voix... Elle était encore à plusieurs pas de là, mais elle tourna la tête pour essayer de distinguer le nouvel arrivant à travers la foule épaisse. Personne ne sut trop quoi répondre à la sentinelle, ou personne ne voulut s'y risquer, allez savoir. Les gens se contentaient de se dévisager entre eux, penauds, s'écartant du chemin pour laisser passer la seconde sentinelles. Derrière elle, plusieurs individus s'agitaient encore, faisant persister à eux seuls le bruyant tumulte. Et puis la poigne ferme d'un inconnu s'abattit sur sa tignasse, l'entraînant à sa suite comme si elle n'était qu'une poupée de chiffon. Elle se répandit en insultes et autre vocabulaire varié, étouffant un cri au passage et ajoutant son grain de sel au brouhaha.

- Lâche-moi, sale boursemolle de Faelbuk puant !

Elle moulinait l'air à l'aveuglette, se tortillant pour se libérer de la prise. Finalement l'autre sentinelle les sépara, et en fit de même avec les derniers récalcitrants autour d'eux, et sa simple présence sembla calmer les esprits échauffés. Yanelle, elle, se contentait de lancer un regard mauvais à son bourreau en se massant le cuir chevelu. Puis, se rappelant tout de même la présence des autorités, elle reporta son attention sur l'homme à la voix familière. Une tristesse fugace traversa ses traits avant que sa mine ne s'assombrisse pour de bon : Dessyr. Elle se renfrogna, se fit toute petite dans la foule, et espérait simplement qu'après un bon sermont, elle pourrait sortir d'ici sans que leurs regards ne se soient croisés.





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Ven 6 Avr - 10:43

Dessyr s'avança, défiant tour à tour les individus qui osaient croiser son regard. Et tandis que son acolyte s'occupait de séparer les derniers récalcitrants, il élevait une nouvelle fois la voix :

« Quelqu'un va m'expliquer ce qui s'est passé... et vite... »

Le timbre ne souffrait d'aucune contrariété. Un vent glacé balaya l'assistance, vite succédé par le silence. Dessyr s'apprêtait à réitérer sa question, bien moins gentiment, quand un homme intervint :

« C'est elle !!! Elle m'a renversé sa chopine sur la gueule sans raison ! » se plaignit-il en tendant son gros doigt noueux pour désigner la fautive.

Elle ? Après avoir fait couler son regard incisif sur l'individu pour s'aviser qu'en effet, son col et ses cheveux étaient trempés, Dessyr dévia machinalement ses yeux dans la direction du doigt. Quelle ne fut sa surprise, alors, de découvrir cette silhouette gracile et pour le moins... familière, à moitié planquée derrière deux masses. Yanelle... La Sentinelle sentit quelque chose de violent s'emparer de lui alors qu'il la détaillait. Il resta de marbre mais à l'intérieur, son cœur bondissait entre ses côtes d'une exécrable manière. Elle. Pourquoi fallait-il que ce soit elle ?! Elle, qu'il avait fait l'effort démesuré d'éviter et d'oublier ces dernières et misérables années... ? Comme prit entre deux feux : celui de laisser son acolyte s'occuper du reste et celui de fondre sur Yanelle pour la faire sortir d'ici, l'homme cilla, serra les dents et pinça les lèvres avant de prendre une décision.

« Erren, occupe-toi d'eux. » Intima-t-il. Et écartant sans douceur les quelques hommes sur son passage, il se mit soudain en mouvement, il s'avança vers la demoiselle. « Toi, tu m'accompagnes. »

Pourquoi éprouvait-il ce besoin de la soustraire aux regards de ces pochtrons tout comme d'Erren ? L'homme n'en savait strictement rien. De même, il n'eut pas l'once d'une hésitation en refermant sa pogne sur l'avant-bras de la jeune femme : mais peut-être aurait-il dû ? Car ce contact bien qu'anodin et superficiel, sa présence, réveilla quelque chose en lui... quelque chose qu'il avait fait l'effort d'oublier ces dernières années, de tasser, encore et encore, dans ce recoin sombre de son cœur...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Ven 6 Avr - 12:08

Elle se tassait sur elle-même du mieux possible, mais cela fut loin d'être suffisant. L’œil livide, les cheveux ébouriffés, elle s'étrangla dans un grognement sourd alors que le malheureux trempé la dénonçait ouvertement. Un carmin sulfureux vint lui réchauffer les pommettes, alors qu'elle se perdait dans un long soupir las, les yeux au ciel.

Tirant définitivement un trait sur le sommeil qui l'étreignait pourtant, elle se contenta de patienter en silence, observant le ballet des sentinelles qui faisaient leur travail. Lorsque vint son tour, le ton autoritaire qu'il employa la crispa, mais pas autant que sa poigne sur son avant-bras. Ce contact embrasa sans crier gare son vieux ressentiment. Cette colère, qui courrait partout en elle, masquait une rancune douloureuse, insidieuse, bien plus intense qu'elle n'en avait réellement conscience. Et sûrement un peu exacerbée par les circonstances de cette rencontre.

Elle lui emboîta le pas, bien malgré elle. La foule ne se fit pas prier pour ne pas rester sur leur passage. Une fois à l'écart, à l'extérieur de la taverne, elle maugréa :

- Oh aller, lâche-moi tu veux, je vais nulle part.

Elle se dégagea de l'emprise sans mal. Sa voix n'était pas aussi assurée et claire qu'elle l'aurait souhaité, sûrement teintée de quelques relents d'alcool sucré. Ya nulle part où aller de toute façon. La pensée fut rapide, mais incisive. Ses sourcils étaient froncés, ses bras croisés au dessus de sa poitrine. Et elle s'employait soigneusement à perdre son regard orageux dans les motifs que dessinaient les pavés de pierre de la petite rue où ils se tenaient. Elle se sentait poisseuse, nauséeuse et ce maudit mal de crâne lui martelait toujours la tête.





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Ven 6 Avr - 14:59

À présent qu'il n'y avait plus tout ces regards plantés sur eux, qu'ils avaient rejoint l'extérieur de la Taverne, Dessyr laissa tout loisir à la jeune femme de se défaire de l'étau de ses doigts. La ruelle était déserte, étroite, sombre. Il écouta sa voix, se surprit à songer qu'elle lui avait manqué...

« Non, en effet... tu n'iras nulle part. » Murmura-t-il sombrement en fronçant les sourcils. « Pas tant que je n'en aurai décidé autrement. »

Était-ce son seul devoir de Sentinelle qui le poussait à agir de la sorte ? Vraiment ? Il la sentait poindre en lui, cette pression de la savoir si proche... si... réelle. Comme un vieux souvenir ressurgit du passé pour venir le hanter. Mais c'était bien plus que cela. Il avait même capté un peu de sa chaleur à travers le tissu qui habillait son bras. Et ça pulsait dans ses veines, alimentait ce fourmillement indésirable au creux de son ventre et pour lequel il ne possédait aucune explication. Oh, certes, il y avait l'appréhension, mais également autre chose, de plus vif, pour se battre en son for intérieur, et dont il se méfiait. Il trouvait ça injuste, quelque part, se sentait réellement désavantagé... Et pourquoi diable se bornait-elle à fixer les pavés, hein ? Était-elle donc si mal à l'aise qu'il soit intervenu ?

Lâchant un souffle chargé de frustration, Dessyr se mit à faire les cents pas sous la faible lueur des lanternes accrochées là. Une main sur sa hanche, il faisait parfois peser sur elle son regard pénétrant. Il réfléchissait, fébrile, indécis. Qu'allait-il faire d'elle à présent... ? Devait-il s'écouter ? La laisser simplement repartir et tout oublier ? Non... la vérité était qu'il ne subsistait désormais en lui, que ce besoin acéré de se confronter à elle, tant que l'occasion s'y prêtait... Mais par quoi commencer... ?

Au terme de ses réflexions troublées, l'homme prit une grande inspiration en se passant les doigts sur ses mâchoires râpeuses. Il s'arrêta pour lui faire face.

« Il disait la vérité... ? C'est vraiment toi qui a provoqué cette esclandre... ? Que s'est-il passé ? »

Et puis... Sans même comprendre ce qu'il était en train de faire, une enjambée et il était là, à quelques centimètres à peine d'elle. D'une main il releva son menton, le fit pivoter doucement vers la lumière pour s'assurer qu'aucun mal ne lui avait été fait.

« Tu n'es pas blessée... ? »

À cet instant, son air préoccupé et avide trahissait probablement toutes les vives émotions qui tapissait son être entier. La crainte, le doute, tout... Et il y avait cette petite voix pour lui murmurer au creux de l'oreille, que n'importe qui, en le voyant agir de la sorte, aurait pu se faire des idées erronées sur leur relation...

Il repensa à Daëva, fugacement. Il repensa à tout ce qu'elle lui avait dit durant ces longs mois, tout ce qu'elle avait distillé dans son esprit, jusqu'à le convaincre que tout ceci était vain, ridicule, inutile. Et il se voyait lui, à ce moment précis. L'homme. L'homme qui prenait peu à peu le pas sur la Sentinelle... Et c'était là un problème à lui seul, pas vrai ? Car il ne parvenait tout bonnement pas à se refréner... Parce que... c'était elle.



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Yanelle Reflet-Opalin
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Ven 6 Avr - 18:32

Elle ne sourcilla pas devant sa nouvelle démonstration d'autorité et redoublait même d'intérêt pour le pavé poli sur lequel elle se tenait. Alors qu'il poussait un soupir communicatif, elle réalisa que plus de trois ans avaient passé et que c'était la première fois qu'ils se retrouvaient face à face de la sorte. Elle était légèrement prise de court, et ne savait pas quels sentiments adopter. Une froide indifférence ? Une colère brûlante ? Ou juste de la rancœur ?

Il la tira de ses pensées en la ramenant à la raison de sa présence ici ce soir. Elle ferma les yeux quelques instants, faisant mine de se remémorer le fil des événements. Elle soupira en se massant les tempes, s'adressant non sans mal à la sentinelle :

- Mh... Oui, c'est bien possible que j'ai allumé la mèche ce soir. Je.. ne pensais pas nuire au tavernier, les choses sont allées un peu trop vite, je ne me rappelle pas vraim..

La vérité étant qu'elle avait un peu honte d'avoir perdu contenance pour si peu, mais elle ne niait pas sa responsabilité pour autant. Pourtant, n'eut-elle même pas terminé sa phrase que le voilà qui se rapprochait dangereusement d'elle, et sans crier gare. Le bougre avait même le culot de témoigner de l'inquiétude et de porter une main à son visage ! De quel droit ?

Elle eut un mouvement de recul très vif, pas prête le moins du monde à le laisser s'approcher. Elle tolérait difficilement sa présence, alors un contact indessyrable de la sorte... Non c'était à la fois malvenu, et douloureux. Elle serra les mâchoires. Son cœur bondissait comme s'il voulait lui trouer la poitrine. Elle se contenait comme elle pouvait, malgré l'alcool déridant ses sens et ses humeurs. Elle aurait souhaité répondre quelque chose, mais à la place son visage était figé dans une grimace de sincère incompréhension. Et cette fois-ci, elle soutenait son regard, comme pour y discerner l'ombre d'une réponse.





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Ven 6 Avr - 20:04

Elle se détacha de lui vivement, sans répondre, comme s'il l'avait brûlée ; de telle sorte qu'il ne resta à Dessyr qu'un sentiment amer et étonnamment douloureux auquel se raccrocher, en plus du vide. Quelle détestable sensation était-ce là. Pinçant les lèvres sans rien dire, sa main retomba lentement le long de son corps. Incapable de dire quoique ce soit, quelques plis soucieux barrant son front, il se perdit dans la contemplation de ce visage qu'il avait si longtemps cherché dans les foules. Si proche aujourd'hui... et pourtant si lointain. La pensée lui serra le cœur. Pourquoi avait-elle cette expression... ? Il ne comprenait pas d'où elle tirait pareille animosité, ni pourquoi celle-ci assombrissait ses traits si tendres. Oh, il existait bien une explication, mais cette dernière était tellement ridicule à son sens, tellement illogique, que la sentinelle ne cherchait même pas à l'effleurer de l'esprit. Alors, simplement, l'air grave et préoccupé, il lui rendit son regard. Sans ciller, il se plongea volontairement dans ses deux prunelles tempétueuses pour y chercher des vérités qu'il ne pouvait même concevoir. Et toi, que cherches-tu dans mes yeux ? semblait-il lui dire dans ce silence tendu. L'affection d'autrefois ? Le regret ? Si tu trouves les deux, qu'est-ce que ça changera... ?

« Yanelle... » Commença-t-il d'une voix grave et basse, avant de se rendre compte qu'il ne savait quoi lui dire. « Je... »

Oui, quoi ? Que cherchait-il au juste ? Quel était le message à faire passer ? Et surtout, quel était ce sentiment de culpabilité qui venait projeter une nouvelle ombre au tableau de ses ressentiments ? Il se sentait si malhabile soudain. Bien loin de l'homme qu'il était au quotidien, assuré, tranchant et sec. Tant et tant, en réalité, qu'il dû se résigner à fermer les paupières un instant pour rompre ce contact immatériel, et tâcher de se recomposer une expression plus... professionnelle.  

« Viens... Je vais te raccompagner chez toi. »
Lui souffla-t-il en se détournant délibérément, afin de lui refuser la possibilité de décrypter davantage son expression.

Et bien que le ton soit étrangement bas et vibrant, ce n'était pas une proposition mais bel et bien un ordre. C'était là son devoir, après tout. Veiller sur les villageois. Faire en sorte que les choses rentrent dans l'ordre. Du moment qu'Erren faisait bien sa part du travail, lui, pouvait s'occuper d'elle. Mais n'y avait-il que cela, au fond de l'acte en lui-même ? Ou était-ce également l'expression d'une volonté impérieuse ? Qui lui dictait de ne pas laisser seule et probablement un peu éméchée, cette femme qu'il avait autrefois tant désirée... ? Peut-être suis-je en train de sauter moi-même sur ce prétexte...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Ven 6 Avr - 22:05

Sa contenance s'émoussait, tout comme sa patience. Elle peinait à comprendre ses intentions, et ce qu'elle décelait dans ses traits n'avait que peu de sens après ce temps d'absence. Et ce fait avait tendance à l'agacer prodigieusement. Sa disparition avait tant exacerbé l'étau de la cité dorée autour de son existence ! Trahie, blessée dans ce qu'elle estimait avoir maladroitement offert, elle avait fini par se faire une raison et tourner la lourde page. C'est lui qui l'avait voulu, décidé, qui l'avait amputée de sa présence. Comment pouvait-il se montrer si familier ?

L'entendre prononcer son prénom l'ébranla plus que de raison. C'était comme la goutte d'eau en trop, l'incohérence à son paroxysme. Plusieurs années à n'être rien de plus qu'une villageoise parmi les villageois, une inconnue, une étrangère, pourquoi ce soir les choses devraient-elles être différentes ? Pourquoi le lui accorderait-elle ?

L'ordre qu'il proféra ensuite glissa sur elle. Absorbée par ses réflexions, consumée par ses émotions, c'est tout juste si elle l'avait entendu parler. Elle se contenta de lâcher, acerbe :

- Si j'avais su qu'il fallait tout ça pour redevenir Yanelle, je n'aurai pas attendu pour vider ma choppe sur chaque ivrogne du Mont d'Or.

Comme une révélation saugrenue, ses paroles lui avaient sensiblement échappées. Elle secoua la tête en haussant les sourcils, comme pour en atténuer la symbolique. Elles faisaient pourtant écho à l'absurdité de leur échange. Et cette comédie était pesante et fatigante... Elle reprit contenance, le regard sérieux et les poings serrés. Une seule question lui cuisait réellement et sonnait comme l'évidence à prononcer :

- Pourquoi ?

Le mot résonnait dans la nuit, c'était simple, sincère, un peu vague aussi. Elle n'avait rien à offrir d'autre que cette question, penaude, qui exigeait de multiples réponses. Elle ne se rendait pas forcément compte que le mot arrivait comme un cheveu sur la soupe, trop embourbée dans le flux de ses pensées.





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Sam 7 Avr - 1:43

L'homme cru que son cœur allait dérailler pour de bon lorsque la jeune femme éleva la voix. Ce n'était pas tant le fait qu'elle lui adresse la parole qui le troublait de la sorte. Mais le choix des mots... ce qu'ils sous-entendaient, véhiculaient de sens... Avait-il bien compris, seulement ? Ne prenait-il tout simplement pas ses désirs pour la réalité ? Il était figé, interdit et désarçonné. Effrayé aussi, dans un sens, de découvrir que cet éloignement, qu'il avait lui-même imposé, l'avait peut-être profondément blessée à elle aussi... Mais c'était juste grotesque... non ?

Se retournant vers elle, bouffi d'appréhension, Dessyr la dévisagea comme si depuis tout ce temps, elle n'avait été qu'une illusion. Une illusion trop belle pour être vraie... Très clairement, il n'osait prendre la réelle mesure de ce qu'impliquait cette phrase, et pourtant... il y avait cet espoir fou qui ne demandait qu'à renaître insidieusement dans son cœur, et qui le prenait à la gorge tel un étau de fer.

Il allait pour lui répondre quelque chose, se rapprocher aussi, lorsque la question tomba. Tel un pavé dans une mare, celle-ci acheva de troubler la quiétude intérieure de l'homme. Pourquoi... ? C'est à peine s'il reformula le mot du bout des lèvres. Déjà, ce dernier s'insinuait dans les veines de l'homme tel un poison. Peu à peu, il alimenta ses doutes les plus profonds tout en étalant dans son esprit, les anciens souvenirs qu'il avait conservé d'eux, si précieux...

Il resta un moment silencieux, à tenter de mater ce flot de pensées chaotiques qui ne demandaient qu'à l'engloutir tout entier. Et ce cœur qui pulsait si vite entre ses côtes, comme un démon ! Il lutta jusqu'à ce que, par-dessus la masse compact que formaient tous ces moments partagés, dans son esprit, soudain... Dessyr ne réalise avec horreur que l'image de Daëva s'était imposée au-dessus d'eux, superposée... triomphale. À cet instant précis, pour la première fois de sa vie, l'homme prit conscience du gouffre invisible dans lequel son amie l'avait jeté, voilà déjà tant d'année...

Et s'il avait fait une erreur... et si... Et si j'avais écarté mon bonheur, sans m'en rendre compte...? Non. Ce devait être la fatigue... La faute à ses paroles qui martelaient son esprit avec tellement de férocité qu'il en était tout retourné, tout chamboulé. Et Yanelle qui attendait. Pourquoi... pourquoi ? Tant de réponses possibles pour un seul questionnement. Tant de choses à exprimer, tant de non-dits, les peurs, les doutes... Mais que voulait-elle entendre ? Qu'attendait-elle de lui ?!

« Que veux-tu savoir ? » lui demanda-t-il à son tour, prudent, d'une voix rendue rauque par toutes ces émotions. « Pourquoi je t'ai laissé seule... ? Pourquoi j'ai dévié la trajectoire de ma vie pour contourner la tienne... ? Ou pourquoi j'ai fais semblant de ne plus avoir de sentiments pour toi... ? »

C'était peut-être ça le plus dur : admettre ce qu'il en était véritablement. L'affronter face à face. Lever le voile sur ce qu'il avait toujours entretenu en son for intérieur. Cela a-t-il encore la moindre importance aujourd'hui ? Et puis tout à coup, une vanne lâcha. La même que celle qui le maintenait emprisonné, qui l'emmurait dans cette prime passivité, cette résignation vénéneuse depuis tant d'années... Sans ciller, imperturbable, il se campa sur ses deux pieds pour lui faire face.

« Est-ce que... mon absence t'a fait souffrir ? Je t'ai rendue malheureuse ? Si c'est le cas... pour quelle raison ? »

Il y eut une pause nerveuse, brève, durant laquelle l'homme s'humecta les lèvres en laissant courir l'acier de ses iris sur son visage...

« Je crois que je n'ai même pas de réelle explication... du moins, aucune qui ne vaille la peine d'être exprimée maintenant que je t'ai sous les yeux... Je me sens juste idiot... »

Et c'était le cas, oui, il n'était qu'un bel idiot. Qui ne possédait toujours aucune certitudes, qui ne possédait rien. Pas même véritablement le temps de s'expliquer, étant donné la fonction, ce que l'on attendait de lui... et qui n'était pas terminé.

« Me pardonneras-tu si je t'exprime ma bêtise de vive voix ? Si je te dis que je me suis laissé convaincre de fermer les yeux... parce que j'ignorais que j'avais la moindre importance pour toi ? Te détourneras-tu comme j'ai pu le faire ? »

Peut-être qui oui... peut-être non. Peut-être qu'il n'y a rien à perdre de toute façon, que j'ai déjà tout perdu...

« Est-ce que c'est ça que tu veux entendre... ? Ou tu veux entendre comment je me suis rendu fou de me priver de toi ? Comment j'ai forcé chaque jour un peu plus mon esprit à se saisir de ces certitudes erronées ?! »

Et le timbre qui se fêlait de contenir autant de peine, autant de feu...



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Yanelle Reflet-Opalin
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Sam 7 Avr - 13:53

Elle n'avait clairement pas pris la pleine mesure de la bombe qu'elle venait de lâcher. Elle avait entrouvert une porte, trop lourde, trop large, qui laissait transparaître plus de plaies béantes qu'elle ne pouvait en compter. Si le pourquoi, la raison, lui brûlaient tant les lèvres, elle s'était surestimée : les réponses qu'il tentait d'amener apportaient toutes encore plus de questions, et ne soulageaient que peu de choses. Il fallait qu'elle décide où elle en était, qu'elle décide de comment elle voulait se sentir. De ce qu'elle pouvait accorder, et de ce qu'elle voulait bien accorder. Et est-ce que de simples mots pouvaient soigner cet abyme qu'elle abritait en son sein ?

Et elle écoutait ce flot de paroles, se déverser autour d'elle, l’enlisant dans une marre de sentiments contraires. Mais elle dut se rendre à l'évidence : c'est la colère qui prenait le dessus. Contenue trop longtemps, elle débordait, et embrasait la moindre de ses autres émotions. Yanelle était quelqu'un de fier, de cette fierté si masculine, empruntée aux hommes de son entourage. Elle ne pouvait ni ne voulait montrer qu'elle était  parfois un peu vulnérable.

- Tu peux te sentir idiot, tu es un imbécile.

La rancoeur dans les iris. Mais.. quelque chose la frappa dans les mots de la sentinelle. Pourquoi voulait-il renverser les choses, là ce soir ? Pourquoi tout d'un coup, encore une fois, les choses devraient-elles être différentes ? Qui lui accordait ce droit ? N'était-ce qu'un jeu morbide dont lui seul maîtrisait les règles ? Elle en avait marre d'essuyer ses offensives sans répliquer.

- Je ne sais pas, je ne sais pas.. Je suis saoule.. et je suis fatiguée. Et je suis en colère. Dessyr, il n'y a que la colère ce soir, tu ne la vois pas ?

Ne la comprends-tu pas ? Elle frissonna en prononçant son nom.

- J'avais fait mon deuil ! J'ai bien été obligée. Tu crois que tu peux venir avec tes grandes paroles pour tout briser, tout récupérer ? Et ce n'est pas à moi de répondre à tes questions idiotes d'imbécile !

Elle avait élevé la voix. Tendue comme un arc, les poings serrés et les bras relevés, la mâchoire crispée, elle voulait le frapper, le secouer, qu'il prenne conscience de l'indélicatesse de sa démarche. Elle ne comprenait pas qu'il puisse seulement se demander si elle avait souffert de son départ, comment il pouvait ignorer l'importance qu'elle lui avait accordé dans sa vie. Alors oui, ce n'était qu'un idiot.





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Sam 7 Avr - 15:30

Il n'était qu'un imbécile, oui. Pour avoir cru jadis, et pour croire encore, de façon totalement irraisonnée que quelque chose pourrait ressurgir de cette confrontation. Celle-ci, il ne l'avait même jamais envisagée jusqu'alors. Comment aurait-il pu, seulement ? Non... Jusqu'à ce que les traits de la jeune femme ne s'affichent sous ses yeux ce soir, qu'il soit obligé d'agir, de la cueillir sciemment pour la tirer de cette taverne ; plus rien n'avait eu d'importance. Il avait cru être passé à autre chose, s'en était convaincu. Mais à présent que Yanelle se tenait là, un chaos sans nom le faisait vaciller intérieurement, comme surgit des cendres de cet amour déchu. Oh, il aurait aimé pouvoir la rassurer, atténuer cette colère. Lui expliquer qu'il comprenait sa réaction, quand bien même c'était affreusement faux. Mais c'était impossible. Il n'y arrivait pas. Pour lui, elle était en partie responsable. Là où il avait laissé Daëva le convaincre que c'était vain, Yanelle avait fait son choix, elle aussi. Et les réponses qu'elle lui offrait ne faisaient que rappeler à la Sentinelle le poids de ses attentes brisées...

Comment fais-tu pour réveiller ces choses en moi... ? Cette question, Dessyr l'avait sur le bord des lèvres, scellée. Sans bouger, le visage à moitié léché par ces ombres constantes, il contemplait cette femme toujours si belle à ses yeux, si désirable. À croire que certaines choses n'avaient malheureusement pas changés avec le temps. Il ne savait quoi lui répondre. Il pouvait seulement remarquer la façon dont elle se tenait, combien son corps entier semblait la proie d'une tension grandissante. Et l'incompréhension demeurait. Que fallait-il penser de ses paroles ? De l'amertume qui transparaissait ?

Même à présent qu'il était de nouveau face à elle, il ne faisait que la blesser et se blesser lui-même. C'était totalement risible... pitoyable. Était-ce la raison pour laquelle Daëva l'avait tant de fois traité d'aveugle et de naïf, lorsqu'il osait lui faire part de ce qu'il ressentait ?

« Tu as raison... » Finit-il par articuler, en sentant sa jugulaire battre furieusement dans son cou, tandis qu'il serrait les dents. « Rien ne changera le passé de toute façon... c'est trop tard. Peut-être mes questions ne possèdent-elles pas de réponses. »

Et l'avenir... peut-être que ne nous n'en avons pas, tout simplement.

C'est cet instant que choisit Erren pour ressortir de la Taverne. Sa présence crispa aussitôt Dessyr qui, se sentant prit sur le fait, se redressa inconsciemment en recouvrant ce masque d'insondable sévérité.

« Vous êtes toujours là... Alors ? C'était bien elle, la fautive ? » s'enquit-il, légèrement mécontent et impatient.

« Elle est saoule. » Daigna l'informer Dessyr au bout d'une minute, d'une voix morne, sans pour autant cesser de fixer la jeune femme. « Je vais la raccompagner chez elle... tu n'as qu'à continuer la ronde je te retrouverai plus tard. »

Et couplant le geste à la parole, l'homme glissait autoritairement ses doigts autour du bras gracile de sa protégée. Néanmoins... il s'interrompit, comme prit d'un doute.  

« À moins que celle-ci ne préfère que ce soit toi qui la raccompagne ? »

La question avait son importance aux yeux de l'homme. Et elle n'avait strictement rien d'anodin, contrairement à ce que pouvait croire l'acolyte. Pendu à ses lèvres délicates, Dessyr attendait qu'elle ne fasse son choix. C'était peut-être la goutte d'eau qui allait faire déborder le vase. C'était peut-être sournois. Il ne subsistait sur ses traits qu'une impassible rudesse. Que ce soit moi ou Erren... quelqu'un s'assurera que tu ne rentre sans encombre...



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Sam 7 Avr - 18:06

Elle l'écoutait déverser ses vérités, patiemment. Elle le regardait passer de la combativité à la résiliation avec un air circonspect - quoique toujours sourcils froncés. Une pensée fugace et étrangement lucide la traversa : quelque chose lui échappait. Mais la lucidité s'enfuit avec elle, ne laissant qu'une Yanelle déboussolée, au teint livide et à l’œil morne.

La deuxième sentinelle dont elle avait croisé la route un peu plus tôt ressortit de la taverne. Sa tâche là-bas devait être accomplie. Yanelle roula des yeux en balançant la tête sur le côté. Elle manquait de discernement ce soir, et ne montrait pas la déférence nécessaire face aux sentinelles en faction pour au moins sauver les apparences. Elle écoutait distraitement leurs paroles échangées, jusqu'à ce que la question de Dessyr et que sa paume sur son avant-bras ne lui arrachent un rire étranglé. Ignorant la présence de son acolyte elle siffla :

- Aaaah.. Tu cherches des excuses pour te défiler encore ? Comme c'est étonnant !

L'animal blessé ne sait que mordre. Et qu'il était difficile et douloureux de soutenir son regard, de soutenir ses mots. De soutenir son contact aussi.. la colère cautérise ses plaies, un temps au moins. Elle se sentit soudainement très à l'étroit entre les hauts murs des habitations et des échoppes, face à cet homme, et surtout dans l'étau de sa main. Sa gorge était nouée et elle transpirait. Elle peinait à inspirer convenablement et dégluti dans une grimace, refrénant une nausée qui la secoua un peu.

- Oh aller, ne vous dérangez pas messieurs les sentinelles je peux me raccompagner toute seule comme une grande hein.. leur lâcha-t-elle, ignorante de son inconvenance, dans un soupir coûtant. Comme si la décision lui revenait vraiment.





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Sam 7 Avr - 19:30

L'homme attendait quelque chose, mais... certainement pas ça. La répartie de la jeune femme lui fit l'effet d'une claque. Ce ton, cette familiarité... Pendant quelques secondes, il en resta coi, à se demander s'il avait bien entendu ce qu'elle venait d'envoyer ou non. Mais oui, il n'y avait pas de doute possible. Ses oreilles fonctionnaient toujours très bien... Alors quoi, cherchait-elle à lui faire perdre la face vis-à-vis d'Erren ? Ou était-ce simplement l'alcool qui s'exprimait, ni plus ni moins ? C'était quand même culotté de tenir de tels propos ! Loin de chercher à rentrer dans son petit manège, une vague d'impatience afflua en Dessyr. Il soupira, fit jouer de ses mâchoires en considérant Yanelle, les sourcils également froncés.

« Très bien... assez joué. » déclara-t-il, d'une voix aussi basse que tranchante, raffermissant sa prise sur son bras. « Tu vas me suivre sans faire d'histoire. »

Puisqu'elle se fichait éperdument de lui, il allait reprendre les choses en main. Et puis, biaisant son regard vers son compagnon, il rajoutait :

« Va. Je te retrouve plus tard. »
« T'es sûr que ça ira ? » renchérit Erren en les observant tour à tour, la mine interrogative et de plus en plus perplexe.

Dessyr tiqua. Quoi ? Qu'insinuait-il ?

« Qu'est-ce qui n'irait pas d'après toi ? » Grogna-t-il. « T'occupe pas de moi. Contente-toi de faire ta ronde. »

En définitive, la sentinelle avait bel et bien reprit le dessus face à l'homme. Yanelle s'en était elle-même assurée en réagissant de la sorte, en le piquant dans son orgueil. Ce qui, quelque part, n'était pas une mauvaise chose en vue du lieu, de l'heure et de la situation... et surtout, de tout ce qui s'agitait toujours en lui, secrètement. Aussi, il n'allait certainement pas flancher devant Erren. Qui savait ce que ce dernier allait bien pouvoir raconter le lendemain ? Alors, sans plus attendre, Dessyr tira légèrement sur le bras de la forgeronne, qu'elle imprime le mouvement. Plus vite ils seraient loin d'Erren et de cette taverne de soûlards, et plus vite il pourrait se détendre. Enfin, c'était l'idée...en tout cas...

Au bout d'un moment relativement incertain de marche, à garder près de lui la demoiselle et ressentir sa présence avec une concision quasi-surnaturelle, Dessyr consentit à la relâcher. Il se bornait à regarder droit devant lui, mais son cœur n'avait cessé de battre plus fort, à mesure qu'ils progressaient côté à côte. C'était une réalité. Il avait beau se targuer de n'être plus qu'un mur d'indifférence, il n'empêchait que le moindre de ses frôlements, et même cette fragrance subtile qui émanait d'elle, couplée à ces vapeurs de brune-miel... tout cela mettait à mal les efforts qu'il devait faire pour rester serein et maître de lui.

« Tu penses que je suis un lâche... ? » finit-il par demander, en s'extirpant soudain de ses sombres pensées, brisant doucement le silence qui s'était installé...

Se pouvait-il qu'en réalité, elle attendait de lui qu'il continue de la courtiser, après ce... cette fois-là... ?



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Yanelle Reflet-Opalin
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Dim 8 Avr - 9:21

Pas bien consciente de ce que son attitude désinvolte avait généré, elle se contenta de soupirer. Mais je ne joue pas moi. Elle ne remarqua pas le dissentiment entre les deux sentinelles, ne les écoutant que d'une oreille absente. Elle obtempéra lorsqu'il exigea d'elle qu'elle le suive.

Elle marchait gauchement à sa suite, le pas lourd et fatigué, son bras libre enserrant son abdomen. Si le contact de Dessyr lui déplaisait, il lui offrait l'avantage de se laisser guider les yeux à demi clos, le visage pointant vers le ciel - enfin vers le haut de la caverne. Elle reprenait du souffle, et le silence calmait sa migraine, elle pouvait rassembler ses pensées. La tension accumulée plus tôt semblait se relâcher imperceptiblement. Elle aurait voulu s'asseoir un instant, et s'endormir là. Lorsqu'il lui lâcha le bras, elle progressa encore un peu à ses côtés, puis ralentit, avant de se stopper, nette, lorsqu'il prit la parole. Un lâche d'imbécile même.

- Mais.. comment appelles-tu cela sinon ? Un écho de lucidité résonne, quelque part à l'intérieur. C'est.. fatigant de te combattre. Pourquoi te comporter comme si.. j'y étais pour quelque chose dans cette histoire ? Je ne comprends pas ce jeu auquel tu joues ce soir.

Elle campait sur ses jambes mal assurées, toute ramassée sur elle-même, lui lançant un regard vague à travers l'obscurité ambiante. Seuls subsistaient  dans ses yeux une sincérité las et un renoncement excédé. La colère était là aussi, dans ses sourcils, mais elle s'était refroidie dans le silence nocturne. Mais c'était cela qui l'avait tant embrasée un peu plus tôt : Pourquoi, par Ezbâel, pourquoi lui demandait-il de rendre des comptes ?





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Dim 8 Avr - 11:58

« Fatiguant de me combattre ?! Un jeu ? » S'emporta-t-il en expulsant un rire sans joie, une main sur la hanche. « Vraiment, Yanelle... c'est moi qui ne te comprends pas ! »

Il fit quelques pas, s'humecta les lèvres avant de mordre dedans, impitoyable envers lui-même, envers ce qu'elle recréait de douloureux. Si quelqu'un s'amusait ce soir, c'était elle, de toute évidence ! C'était ridicule, pourquoi faisait-elle comme si elle ignorait tout ? Avait-elle déjà oublié ?! Cette pensée arracha à l'homme un souffle aigre et bref, lui pinça le cœur. Il la jaugea, ne sachant trop s'il devait remuer le couteau dans sa propre plaie en lui rappelant les faits... Était-ce ce qu'elle voulait ? Entendre de vive voix la douleur qu'il avait ressenti alors ?Que je ressens toujours... Mais il y avait quelque chose derrière tout ça, un truc lui échappait, il le pressentait... et ce fait était peut-être encore plus glaçant que le reste, alors... Rassemblant tout son courage, il choisit de se lancer, un peu à l'aveuglette... sans trop réfléchir.

« Cette nuit-là... » grinça-t-il, amer. « Je t'ai attendu... je t'ai attendu des heures... »

Il planta son regard tranchant sur elle en secouant la tête, l'air désabusé. Revivre ce moment réveillait sa colère, sa peine aussi. Autant de ressentiments qui n'avaient plus vraiment lieu d'être, ce soir... si ? Il s'était tellement inquiété...

« J'aurai dû faire quoi ? Reparaître face à toi et faire comme si de rien n'était ? Comme t'as pu le faire, quelques jours plus tard ? » Il déglutit, les sourcils froncés dans l'expression de ses meurtrissures intérieures. « Et dire que j'avais même pensé qu'il t'était arrivé quelque chose... mais le message était très clair, au bout du compte. Je suis désolé mais... j'ai pas pu... ensuite... »

Et il se tut, la gorge nouée, incapable de continuer à exprimer ce souvenir, qui avait marqué la fin de leur relation...



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Dim 8 Avr - 13:35

Elle fut quelque peu ébranlée par l'éclat et la violence dans sa voix. Ce n'était pas des attitudes qu'elle avait pu lui connaître et elle fit un pas en arrière, instinctivement. Et puis la mascarade reprit, et les mots succédaient aux mots, sans faire aucun sens. Ses sourcils changèrent de forme, sous le coup de l'interpellation. Une moue d'incompréhension interdite s'empara de ses traits ; elle se sentit extrêmement démunie face à ce dont il l'accusait. Elle essuya les reproches les uns après les autres, tentant de les ordonner, cherchant une logique à la trame. En vain.

- Mais..

Elle secoua la tête, n'osant pas faire un pas, les yeux perdus dans le décor comme si elle pouvait y découvrir la clé lui permettant de déchiffrer l'énigme que Dessyr lui offrait. Elle releva la tête à son intention, dans une expression de douloureuse incompréhension. Ses yeux ne mentaient pas, ça il devrait s'en apercevoir. Tout du moins l'espérait-elle.

- Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

Sa voix était basse, éteinte, car ses forces étaient occupées ailleurs, à tenter encore de faire de l'ordre dans ses paroles. Elle s'aperçut que le voir déborder à ce point la touchait. Elle voyait la souffrance tout d'un coup, une souffrance qui ne coïncidait avec rien de ce qu'elle savait. Et il lui était difficile de rester à ne pas comprendre.

- Quelle nuit ? Dessyr je ne comprends pas.

Les mots étaient simples, sans détour, et d'une sincérité audible. Enfin, sûrement.. Elle relâcha son regard, se perdant en contemplation dans le vague, incapable d'arrêter d'essayer d'arranger les pièces de ce puzzle compliqué. La tension dans son corps redescendit quelque peu, et elle baissait les épaules dans un soupir.





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Dim 8 Avr - 15:21

Il était perdu. Totalement perdu. Plus il l'écoutait, et plus son cœur frappait lourdement dans sa poitrine. Comment pouvait-elle pousser le vice jusqu'à lui faire croire qu'elle ignorait de quoi il lui parlait ? C'était affreusement cruel ! Il devait forcément y avoir une explication. Cette lueur qui brillait dans son regard était trop sincère pour qu'elle soit en train de se jouer de lui. Et ce détail à lui seul agitait Dessyr. Son esprit n'en pouvait plus de chercher une explication logique à tout ceci.

« Quelle nuit ?! Tu... »

Il n'acheva pas sa phrase, comme soudain, alors qu'il gardait rivé sur elle ses deux billes pâles, il entrevoyait une explication qui jusqu'alors n'avait jamais franchit la barrière de ses rancœurs. C'était étrange, terrible. À cet instant, à travers cet ensemble dissonant et trouble d'éléments incohérents, comme mue par une intuition sinistre, Dessyr se sentit devenir livide.

« La lettre... »
commença-t-il, d'une voix pétrie d'appréhension, presque un murmure. « J'avais demandé à Daëva de te remettre une lettre... tu ne... tu l'as bien reçu, n'est-ce pas ? »

Machinalement, l'homme se saisit de son épaule pour la faire pivoter vers lui. Il voulait voir. Il voulait lire la vérité dans ses yeux qu'elle avait abaissés. Le doute immense qui jaillissait de cette possibilité était tellement détestable. Il y avait beaucoup trop d'enjeux. Il aurait aimé ne jamais songer à pareille éventualité. Car ce qui en découlait, dans tous les cas, était difficilement acceptable. Cela signifiait qu'il avait peut-être vécu dans le faux et le mensonge durant toutes ces années. Qu'allait-il faire, s'il s'avérait que Yanelle n'avait jamais eut son message ? Cela voulait-il dire que Daëva lui avait menti... ? C'était... impossible.

« Daëva me l'avait assuré... Elle m'avait dit te l'avoir remise en main propre. »

Et sa voix se teintait d'une frustration mâtinée de fièvre. Tout ceci était de plus en plus grotesque...



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Dim 8 Avr - 16:48

Comme l'eau qui manquait pour éteindre l'incendie, il apporta la pièce qui leur faisait défaut : Daëva. La vipère... À l'annonce de sa trahison pour rejoindre les détrousseurs, Yanelle n'avait pas été troublée, ni vraiment surprise. Mais découvrir qu'après sa disparition-même elle continuait d'empoisonner leurs existences, cela était nettement plus inconfortable... Et les paroles de Dessyr résonnaient. La lettre. La lettre... Non, aucune lettre d'aucune sorte que ce soit.

Elle ferma les yeux quelques instants, pour se contenir. Les choses reprenaient leurs places, retrouvaient du sens. Là, la logique et l'évidence opéraient simplement, elle ne se demanda même pas si elle pouvait le croire ce soir. Pourtant, la jeune femme ne se sentait nullement soulagée par cette constatation. Elle n'aimait pas l'idée d'avoir été manipulée, encore moins celle de s'être bêtement laissée faire. Sa fierté en prenait un coup. Mais ce n'était pas une histoire de fierté après tout.. Pourquoi n'avait-elle jamais envisagée cette possibilité d'elle-même ? La réponse lui apparaissait, pourtant elle ne s'y attarda pas.

Elle ravala les quelques larmes amassées derrière ses paupières fatiguées, et darda ses améthystes dans les pierres froides de la sentinelle. Elle entrouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais sa gorge était tant nouée qu'elle se contenta d'une hochement de tête négatif en guise de réponse unique. La situation était absurde et risible en plus d'être douloureuse. Que les pièces se remettent dans l'ordre était une chose, mais il était difficile de nier que de petits morceaux restaient abîmés.





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Dim 8 Avr - 18:45

Si jusqu'à présent une flamme brûlait dans le cœur de l'homme, vacillante et ô combien ténue : celle-ci fut soufflée par la négation de la jeune femme. Il avait espéré jusqu'au bout, qu'une autre explication puisse les sauver de ces douloureuses vérités. Qu'ils soient épargnés, l'un comme l'autre. Mais à l'instant même où le visage féminin se mouvait de droite à gauche, lentement, Dessyr eut l'impression de s'être fait volé un morceau de vie. Son visage se décomposa. Pis, il était obligé d'imaginer Daëva en train de le trahir, sans pouvoir en déterminer la raison, là non plus... Bon sang ! Qu'avait-il fait pour que les choses tournent ainsi ?! C'était deux coups rudes qu'on venait de lui asséner, et il peinait à se relever, intérieurement. Et Yanelle... face à cette détresse si lasse qu'il percevait dans les prunelles de la jeune femme, il était désemparé. Il aurait voulu pouvoir franchir la distance qui les séparaient et la prendre dans ses bras... Au lieu de quoi, durant un long moment l'homme se contenta de serrer les poings. Un frisson glacé lui remontait l'échine alors qu'il fermait les yeux à son tour, afin de se canaliser.

« Alors c'est ainsi... » Finit-il par lâcher, avec un soupçon d'ironie teinté d'amertume.

Cela faisait presque trois ans qu'ils vivaient dans l'incompréhension et le mensonge. Et il avait fallu un hasard idiot, ce soir, pour que le voile soit enfin levé sur cette erreur qui n'avait engendré que remords et regrets. Oh, il aurait pu en rire, si la chose ne lui avait pas déjà tant détruit ses sourires par le passé. Il aurait pu crier, aussi, de rage, de frustration, détruire tout ce qui lui passait sous la main... Pourtant, étrangement, il parvint à conserver son sang-froid. Le feu n'était plus là, après tout. Il ne subsistait que le froid, glacial, pour couver en lui, pour faire battre ses veines. Devait-il remercier Astre-Rugissant pour cela ? Un profond malaise se couplait au reste, néanmoins...

« Si tu savais comme je regrette... » murmura-t-il, en gardant ses paupières basses. « Je regrette de n'avoir pas cherché à comprendre plus tôt... je ne pouvais pas imaginer que... »

Il soupira, incapable d'achever sa phrase en relevant les yeux, mortifié.

« Je n'ai jamais voulu te blesser, d'une quelconque façon que ce soit... j'espère que tu le sais maintenant... »

Au jour d'aujourd'hui, il n'était certainement plus rien pour elle. Qu'un étranger. Quelqu'un qu'elle avait dû probablement maudire plus d'une fois, au vu de ces nouveaux éléments. Et dans le fond, ils ne se connaissaient plus. Même s'il le désirait, il ne pouvait décemment se laisser aller à toutes ces émotions parasites. Et si quelqu'un les épiait dans l'ombre ? Que l'on venait à lui reprocher son manque de sérieux ? Il avait un statut à tenir, et si dernièrement celui-ci ressemblait davantage à un fardeau, c'était là des chaînes qu'il ne pouvait rompre.

« Viens. Il se fait tard... »

Pouvait-il faire autre chose, hormis accomplir son devoir ? Il lui semblait que non. Pourtant, bien tristement, une nouvelle interrogation était venue à poindre. Inutile, vaine. Est-ce que tu serais venue, si tu avais eu ma lettre ?



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Dim 8 Avr - 20:26

Elle s'employait à démêler la pelote de ses ressentiments accumulés vainement. Finalement, il ne restait plus grand chose, sinon un grand vide en lieu et place du brasier colérique qui l'animait encore quelques temps plus tôt. Mais comment devait-elle agir à présent ? Elle n'aimait pas cet état végétatif et contemplatif d'un passé qui finalement perdait de son poids, dont l'ombre reculait d'un coup.. Devait-elle garder ses distances, laisser le temps faire son oeuvre, de nouveau ? Comment devait-elle se sentir ? Reflet-Opalin, cette part si importante d'elle maintenant, s'agita soudain pour emplir ce vide qui s'était fait : un élan vers le futur, et l'espoir aveugle et fou, rien d'autre !

Elle secoua vivement la tête dans un mouvement de recul tant le sentiment occasionné par la créature la percuta sans qu'elle s'y attende, la tirant de ses réflexions. Elle dû paraître bien étrange l'espace d'une seconde. Elle balançait, oscillant entre un passé qui s'engluait autour de ses jambes et un futur, à peine différent, pourtant bien à portée de bras. Elle finit par reporter son regard sur Dessyr : quelque chose d'autre animait ses pupilles, comme une étincelle à l'éclat discret, un presque sourire.

- Oui les.. choses sont claires. Laissons nos regrets derrière nous, veux-tu.. Ce passé ne nous appartient déjà plus de toute façon.

Personne n'était vraiment fautif en définitive, si on mettait Daëva de côté. Et la solution que lui offrait sa créature était somme toute la plus sensée, la plus simple, la plus aisée ; « Panses tes blessures et profite de l'horizon du jour nouveau qui te fait face » c'est ce que semblait murmurer Reflet-Opalin. L'avenir leur appartenait toujours. Même Yanelle était désarçonnée de ce revirement, de la sensation de légèreté qu'elle éprouvait. Pour une fois elle pouvait céder à quelques murmures de son âme, sans trop de craintes, sans que rien ne la retienne. Un imperceptible sourire de soulagement lui échappa mais elle le refréna lorsqu'il reprit le masque de la sentinelle, avec toutes ces murailles érigées autour de lui.

- ..Certes.

Il était tard. Et dans ses prunelles, la même étincelle opalescente. Elle laisse intacte l'autorité que lui confère ce statut dans lequel il se réfugie, et attend qu'il ouvre la marche pour prendre sa suite.





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Dim 8 Avr - 23:50

Dessyr n'avait pas remarqué ce changement d'humeur subtile chez la jeune femme. Il était bien trop focalisé sur sur ce qu'il venait d'éventrer, et sur ses propres émotions, qui couvaient toujours sous le masque d'imperturbabilité qu'il s'imposait. Aurait-il dû se sentir soulagé ? Heureux du dénouement de cette histoire ? L'avenir était trop sombre pour lui, opaque et incertain, presque sans saveur. Il avait l'impression que tout lui échappait et ce sentiment était détestable. De même qu'il n'y avait que des relents de fatalité pour sortir du lot constitué par ses pâles résolutions, nulle solution ne semblait vouloir se hisser au-delà de ce trouble intense. Alors... au lieu d'essayer de se raccrocher à du vent, d'abord mènerait-il Yanelle à bon port, et ensuite, peut-être... Peut-être se permettrait-il de réfléchir à ce qu'il convenait de faire pour la suite... ?

En attendant, les pavés s'étaient mis à défiler lentement sous leurs pas, au rythme de leur progression. La sentinelle avait le regard dur. Sur ses traits ne demeurait plus que ce flegme tranchant, celui qui le rendait si antipathique aux yeux de certain. Oh, au fond il ne s'en rendait même pas compte. Perdu dans ses pensées, il observait simplement, et sans vraiment les voir, toutes ces formes étranges qui se dressaient sur leur chemin, hors de cette semi-obscurité coutumière. Et parfois, un soupir venait s'évader de ses lèvres, signe manifeste que quelques pensées continuaient de le tourmenter.

De tout le temps que dura leur trajet, l'homme ne desserra les dents. Ce n'est que lorsqu'il remarqua la forge, un peu plus loin, qu'il se sentit refaire corps avec la réalité. Il cligna des yeux avant de tourner la face pour considérer la jeune femme, l'air de lui signifier que l'heure était venu de se séparer.

« Voilà. » Lui fit-il en s'arrêtant à quelques pas de la bâtisse. « Rentre... tu devrais allez te reposer maintenant. »

Disant cela, il avait cette sensation désagréable de redouter son départ. Une part de lui se refusait à la voir partir maintenant, la voir disparaître, même pour rejoindre son logis. Il n'y avait pas tellement le choix, néanmoins... mais...

« Yanelle... »

Le prénom résonna doucement dans l'obscurité. Et alors qu'elle se retournait vers lui, interrogative, il darda son regard dans le sien, vif, déterminé.

« Je t'éviterai plus. » Souffla-t-il, d'une voix plus chaude que le laissait présager sa mine sombre. « Je reprendrai ma place dans ta vie. »

C'était peut-être présomptueux. Oui, sûrement. À cet instant, cela résonnait surtout comme la meilleure chose à faire, croire et penser. Pour le reste, il n'en avait cure...



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